Alerte à la « périphérite aiguë » !

« Non, je ne découvre pas la France périphérique ! » On s’arrête un instant. On revient en arrière. On prend soin de relire cette phrase, en détachant bien chaque syllabe. Mais non, on n’a pas été frappé par une foudroyante dyslexie. Toutes les lettres sont là. Tous les mots aussi, et dans l’ordre. Et l’on doit se rendre à l’évidence : c’est bien Alain Minc qui les prononce ! Ils forment même le titre de son entretien publié récemment dans les pages « Débats & opinions » du Figaro à l’occasion de la sortie de son dernier livre : Une humble cavalcade dans le monde de demain (éd. Grasset).

Minc serait-il enfin prêt à aller voir au-delà des limites du « cercle de la raison », cordon sanitaire de la pensée qu’il avait lui-même tracé, pour regarder plus loin que les portes de nos seules grandes villes ? Dans cette interview, l’essayiste se montre au passage louangeur à l’égard de celui qui a identifié et baptisé cette partie-là du pays, le géographe Christophe Guilluy. Minc ou le dernier cas connu d’un phénomène qui frappe désormais l’ensemble des commentateurs et responsables politiques de notre pays : la « périphérite aiguë ».

Entendons-nous bien : prendre conscience qu’il existe un monde, au-delà des limites des métropoles et de leurs banlieues, n’est pas du tout un mal en soi. Au contraire. On peut d’ailleurs se demander pourquoi il a fallu attendre tant de temps pour découvrir cette terra incognita. Nul besoin de traverser, le cœur ardent et la trouille au ventre, l’Atlantique à bord de caravelles. Il suffisait d’ouvrir les yeux. Mais, croyait-on trop souvent à gauche, s’intéresser aux classes moyennes et populaires de ces territoires — qui, en plus, avaient le malheur d’un peu trop voter pour le FN — c’était se détourner de celles des villes et surtout des banlieues. Comme s’il s’agissait nécessairement d’opposer une France à une autre ! Comme si la considération, l’empathie, étaient des denrées si rares qu’elles ne pouvaient être distribuées à tous ! Sans doute qu’avec le Brexit, l’élection de Donald Trump et, dans un mouvement totalement inverse, celle d’Emmanuel Macron, les yeux des plus réfractaires ont-ils fini par se dessiller.

Mais maintenant que tout le monde ou presque se gargarise de « France périphérique » — pour quelques-uns, comme Laurent Wauquiez, en se rasant le matin — maintenant que cette périphérie est devenue centrale, que propose-t-on à ses habitants ?

Tribune publiée par le Nouveau magazine littéraire le 12 février 2018. Lire la suite sur son site : https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/idees/alerte-peripherite-aigue-andrieu-minc

 
Gérald Andrieu, auteur du Peuple de la frontière. 2 000 km de marche à la rencontre des Français qui n’attendaient pas Macron, Éditions du Cerf, 2017.
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3 réflexions sur “Alerte à la « périphérite aiguë » !

  1. Je me demande si finalement il ne serait pas préférable que ces gens qui veulent penser pour nous , pauvres habitants , indigènes vivant loin des nuisibles parisiens , que ces gens « là » nous ignorent et ne répandent pas leurs idées à la « con » ( désolé pour la vulgarité venue de la France profonde ) chez les vrais gens et la vrai vie … Curieux cette propension de ces pseudos penseurs intellectuels germanopratins , à vouloir à tout prix faire le bonheur des autres … Je refuse , et apparemment je ne suis pas seul , leur vision de la vie qui nous conduit droit dans le mur , et en klaxonnant en plus !!! Alors , qu’ils restent surtout bien entre eux ..! Par contre , s’ils viennent en « province » ou en France (je préfère) visiter comme on va voir une réserve , un safari photo au Kenya , surtout qu’ils rentrent bien dans leur réserve à eux … en périphérie parisienne il y a tout ce qu’il faut question exotisme … pas besoin de prendre l’avion … mais il y a plus de danger à prendre des photos , les indigènes y étant irascibles et ombrageux ! Quant à monsieur Minc , qu’il aille diffuser ses pensées ailleurs , avec un Attali par exemple , mais qu’ils nous lachent…………!!!

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  2. La chose la plus probable, c’est que ces cuistres aient, enfin ! lu Guilluy. La seconde phase, celle en cours, c’est l’acceptation de s’être lamentablement trompé pendant des décennies, du moins pour ceux qui ont compris Guilluy.
    Au sujet des solutions, il faut peut être ne pas trop en demander. Guilluy, alors invité de Natacha Polony dans l’émission « Polonium * », disait qu’à-peu-près tous les politiques, y compris Macron, avaient pris en compte ses analyses mais qu’à la question posée que faire ? tous avaient avoué leur impuissance.
    « En Marche » (rebaptisé depuis : LRM, « R » pour République, mot souvent associé à de nombreux pays dans lesquels la démocratie n’a jamais été à l’ordre du jour) est du reste la parfaite illustration d’un changement dans la continuité.
    Le problème de la France c’est son centralisme Jacobin, qui se retrouve dans le langage, au seul exemple, les Parisiens pensent souvent que la province monte à Paris, bah non, on y descend, et de beaucoup. Du reste, j’ai remplacé le mot « Paris » par « LOL » sur toutes mes cartes.
    (*) Natacha Polony, vous nous manquez terriblement, depuis votre départ, ma télé tourne sur la chaîne « zen »…

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