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Johnny, le dernier trait d’union entre la France d’en bas et la France d’en haut

Analyse de Guillaume Bigot parue sur Le Figaro Vox le 7 décembre 2017.

Le décès de Johnny Hallyday marque la fin d’une époque. Pour Guillaume Bigot, c’est une certaine idée de la France, se vivant comme une sous-Amérique, qui s’éteint avec lui.

Comme tout événement appelé à faire date, les obsèques de Johnny Halliday offrent un objet de réflexion intéressant pour qui cherche à saisir la singularité de l’époque et à interpréter un phénomène social. De quoi l’émoi national suscité par la disparition de ce chanteur est-il donc le nom?

Johnny fut l’homme d’une triple incarnation, dont on peut se demander si elle va lui survivre.

Johnny, c’était d’abord l’organe témoin d’un passé insouciant, juvénile et endiablé celui des années soixante et des Trente glorieuses.

La présence de ce grand gaillard peroxydé n’ayant rien cédé sa rock and roll attitude, en plein cœur de Trentes piteuses plombées par le chômage, la spéculation et les attentats avait quelque chose de rassurant. Johnny fut le paladin d’une génération qui ne voulait pas grandir et le chantre d’une culture de masse hédoniste centrée sur le «jouir sans entrave».

Le vide spirituel, la jouissance matérielle

Comme l’expliquent fort bien Hamon et Rotman dans leur somme consacrée à mai 68, lorsqu’une poignée d’agitateurs trotsko-maoistes, débarquèrent au Club Drouot, célèbre discothèque des Grands-Boulevards, ils comprirent vite qu’une révolution était en marche qui n’avait rien à voir avec celle qu’ils appelaient de leurs vœux.

Ces théoriciens romantiques venus annoncer le grand soir à une foule déchaînée de sténodactylos et de comptables se sont entendus répondre: salut les copains, c’est samedi soir !

La force vitale de Johnny incorporait aussi la grande kermesse de la consommation inépuisable donc le rictus d’un vide spirituel qui cherche dans la jouissance matérielle, les paradis artificiels et l’illusion de la jeunesse éternelle à tromper la mort. Le décès de Johnny bouleverse autant car c’est celui d’un ado de 74 ans. Avec lui, meurt aussi l’illusion d’un monde débarrassé du sérieux et du tragique de l’existence.

Johnny était aussi le lien vivant entre la France d’en bas et la Nomenklatura parisienne, celle des intellectuels, des milieux patronaux et des politiques qui n’aimaient rien tant qu’à jouer ses groupies, à s’afficher avec lui ou à lui écrire des ritournelles. L’attachement des classes dirigeantes pour cette figure si sympathique n’était sans doute pas feint mais elle n’était pas non plus dénuée d’arrières pensées. La France d’en haut a perdu sa caution populaire. En ces temps de fracture peuple-élite, la disparition de l’idole des masses est une mauvaise nouvelle pour les vendeurs de temps de cerveau disponible.

La France des yéyés avait accusé le coup mais son héros tenait le choc.

Dans son caractère inoxydable, indomptable mais également inoffensif politiquement, Johnny masquait tant bien que mal les effets de la débâcle sociale. L’icone en santiag a permis à des millions de Français aux fins de mois difficile de vivre par procuration son existence de surprises parties permanentes qui charriaient un parfum de guimove et une odeur de cambouis et de cuir.

Johnny fut enfin le meilleur agent du soft power américain en France. Jean-Philippe Smet alias Johnny Hallyday devenu l’idole des jeunes représentait le héros français contemporain (post- Belmondo et post-Delon, un Jean Dujardin donnant lui dans l’autodérision), qui rêve «provincialement» d’une Amérique fantasmée. On a tous quelque chose en nous de Tennesse chante l’Elvis français dans un clip tourné à Brétigny-sur-Orge.

Ce frenchie malgré lui

Celui qui va devenir au fil des années un monument national, un «héros français» comme dira notre Président, était en fait un véritable américanouillard sillonnant avec ses potes la route 66 en Harley.

Johnny tentera d’ailleurs à plusieurs reprises de monter des spectacles outre-Atlantique qui seront des fours. Bref, ce Frenchie malgré lui n’a pas démérité de la patrie américaine.

En ce sens, c’est le symbole d’une certaine idée de la France se vivant comme une sous-Amérique qui s’éteint avec lui.

Mort du jeunisme, rupture du dernier fil rattachant la France d’en haut à celle d’en bas, fin souhaitable de ce complexe si Français à l’égard des US, le décès de Johnny pourrait bien marquer la fin d’une époque. On se prend à rêver.

Et si les Français se préoccupaient de ce qu’ils peuvent apporter au monde plutôt que de singer la métropole américaine? Et si les plus âgés se préoccupaient de transmettre plutôt que de rester jeunes? Et si nos élites renouaient avec le bien commun?

Johnny est mort, vivent les millions de Jean-Philippe Smet qui doivent retrouver l’envie d’avoir envie.

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8 réflexions au sujet de « Johnny, le dernier trait d’union entre la France d’en bas et la France d’en haut »

  1. Que de bruit et que d’honneurs pour un évadé fiscal qui n’a rien apporté à la culture, qui meurt assez âgé après avoir tout fait pour abréger sa vie et qu’on finit par qualifier de héros!! … Vous n’avez pas de sujets plus intéressants à traiter? On croit rêver!

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  2. Effectivement, déplorable remarque de March, victime d’un abus de moraline sans doute.

    Johnny était un caméléon, un être complexe, je m’éloigne de l’analyse de cet article car il est impossible de lier monolithiquement Johnny à la culture américaine, la plupart de ses fans, dont je n’ai jamais fait partie, n’ont que faire des USA.
    Johnny aimait sans aucun doute l’Amérique mais il ne l’idéalisait pas, jamais vous ne trouverez un témoignage dans ce sens, ses chansons ne pouvant également être l’alibi, il n’en écrivait pas les textes. Rouler en Harley, même dans un blouson Hells Angels, ne catégorise pas pour autant un individu comme étant pro US.
    Nous avons tous, à des degrés divers, et depuis sa création, rêvé d’Amérique, pas des USA.

    Ceci dit, Johnny c’est le peuple Old School, celui que décrit remarquablement Onfray. Ce que sa mort révèle, c’est le décalage entre la réalité des médias et celle de la France, l’émotion et l’hommage ont pris une telle ampleur que tous ces médias ont été débordé.

    Ça fait des décennies maintenant que l’on nous vend, le français préféré des Français, notamment et successivement : Yannick Noah, Djamel Debbouze, Omar Sy, Zinedine Zidane… dont on se demande bien où les sondages ont été faits ? Non pas que ceux-cités ne soient des gens remarquables chacun dans leurs domaines, mais plus simplement, ils sont les victimes d’un progressisme qui a fait du vivre ensemble une religion, des figures imposées à la seule fin de forcer un modèle.
    Il y a fort à parier que l’heure venue de leur décès, l’engouement populaire à leur endroit ne soit en rien comparable à celui suscité par Johnny, qui ne fut jamais, lui, dans cet illusoire palmarès.

    Le même décalage avait été constaté au décès de l’inénarrable Thierry Roland, désigné par la bien bien-pensance comme beauf suprême, le gars qu’il était permis de conspuer et de traiter de raciste. Les premières heures suivant l’annonce de sa mort furent l’occasion pour certains d’en remettre une couche, puis les heures s’égrenant, les gens ont témoigné leur attachement au compère de Jean Michel Larqué, les médias firent alors volte face devant la vague d’émotion que suscita le décès de Thierry Roland.

    Guilluy s’use à le dire, lorsqu’il parle de la France périphérique, il parle de Johnny ou Thierry Roland, il y a un décalage qui s’est transformé en abîme, d’un coté ce que l’on nous vend, de l’autre la réalité.

    Vous avez un doute ? allez donc lire les critiques du dernier épisode Star Wars sur le site Allo Ciné : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=215099.html
    Rien à voir mais en fait si.
    D’un coté des médias qui vendent du Disney comme d’autre du dentifrice, de l’autre des téléspectateurs atterrés par cette daube intergalactique.
    Disney a introduit une dose massive de progressisme dans ce dernier Opus et transformé la saga en produit bas de gamme, artificiel, inconsistant, où seule l’image compte.
    Si ce n’est fait, je vous laisse découvrir les critiques des spectateurs, plus de 10 000 à cette heure ! les gens se sont lâchés, c’est dithyrambique, le site est débordé et les messages les plus acides passent, alors que d’habitude ça ressemble au forum de Cosette. C’est du jamais vu.
    Même phénomène de l’autre coté de l’Atlantique au sujet de ce film.

    Alors, de la mort du regretté Johnny, j’en retiens le décalage, celui entre les médias et la réalité, celui entre un président élu avec quelques voix dont la plupart par devoir de vote plus que ralliement, et un être Jupitérien que partout sur la planète les médias encensent.

    Il semblerait que des lézardes apparaissent dans l’édifice progressiste, Johnny en est un des coins.

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    1. Ce que « March » (qui lui a le courage de signer de son nom!) pense de votre commentaire se résume en quelques mots. « le trait d’union est enterré à Saint Barth » ce qui résume bien le mépris d’un individu pour la plupart de ses fans qui ne pourront pas se payer le voyage et encore moins le séjour pour aller pleurer tout leur saoul sur sa tombe.
      Si on réservait les honneurs aux gens qui le méritent on userait moins d’encre inutile et on écrirait moins de sottises
      Signé : Moraline en dose massive!

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      1. Ravi d’apprendre que March est votre nom, moi c’est Dupont (avec un T). A part ça, le point d’exclamation semble avoir été fait pour vous.
        Si d’aventure vous passiez à l’Auberge du Clou, repère du facétieux Courteline, n’oubliez pas de souffler dans le « déconomètre », il ne fait nul doute que vous atteigniez des graduations inconnues jusqu’à vous.

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  3. CherJoseph
    heureusement cette fois votre commentaire avait un mérité…la brièveté!
    Fatigue intellectuelle???
    Ps j’ai renouvelé mes stocks d’interjections pour vous, no problem.

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