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La France de Rostand n’est pas celle de Weinstein

Guillaume Bigot et Bérénice Levet reviennent sur le phénomène #balancetonporc. Pour eux, ce mouvement est symptomatique d’une américanisation des rapports entre les hommes et les femmes étrangère au modèle français de galanterie.

Guillaume Bigot est essayiste, et directeur de l’IPAG Business School.

Bérénice Levet est philosophe, et essayiste. Auteur de La Théorie du Genre ou le monde rêvé des anges (Livre de Poche, préface de Michel Onfray), elle a dernièrement publié Le Crépuscule des idoles progressistes (Stock, 2017)

Article publié sur Le Figaro Vox le 19 octobre 2017.

Dans quel monde les corbeaux du mot-clé «balance ton porc» veulent-ils nous attirer?

Loin, très loin de notre douce France qui n’est pas seulement le pays de notre enfance mais aussi l’un des seuls à se figurer à la fois dans une forme géométrique (l’Hexagone) et sous les traits d’une jolie femme.

La patrie de Descartes est aussi la matrie de Marianne, subtile et indissociable alliance du féminin et du masculin.

La France n’est pas seulement fille aînée de l’Église, elle est aussi, comme nous l’a appris Du Bellay, mère des arts, des armes et des lois.

Dans toutes les salles d’Armes du monde, résonne encore l’écho de l’esprit chevaleresque français rendant honneur aux armes et aux dames!

Et nos arts, que chantent-ils depuis Chrétien de Troyes dans l’univers?

Ils célèbrent jusqu’à aujourd’hui cette alliance mystérieuse, fascinante et intime de l’homme et de la femme.

La France n’est pas une terre d’amour platonique ou un système platonicien séparant l’esprit de la chair mais, au contraire, une nation charnelle offrant sa fureur et sa poitrine au vent de l’histoire.

La France est une certaine idée universelle mais aussi une série de sublimes paysages uniques qu’il faut aimer suivant les conseils de Lavisse.

La France n’est pas la patrie du «double income no kid». Au contraire, c’est l’une des rares économies mondialisées où les femmes travaillent et élèvent leurs enfants. C’est pourquoi les Working girls ne sont pas nécessairement des desperate house wives.

La femme française préside la table depuis le Moyen-Âge et des courtisans lui font la cour dans une superbe métaphore architecturale.

La France est la patrie des hommes qui aiment les femmes, tel ce personnage de Truffaut qui dit que leurs jambes sont «des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie».

La patrie d’Edmond de Rostand n’est assurément pas celle d’Harvey Weinstein «car c’est chose suprême d’aimer sans qu’on vous aime en retour. D’aimer toujours, quand même, sans cesse, D’une amour incertaine».

La France parle souvent avec pudeur lorsqu’elle chuchote à l’oreille des dames.

La France parle aussi d’un désir de feu avec mademoiselle Héloïse, horresco referens, qui écrit à son aîné, le professeur Abélard:

«Si Auguste lui-même, empereur de l’univers, m’avait fait l’honneur de m’offrir le mariage, j’aurais préféré être appelée ta putain plutôt que son impératrice.»

La France s’exprime avec la délicatesse osée de Ronsard qui invitait sa mignonne à voir si la rose ce matin était éclose.

La France se trouble avec Alfred de Musset recevant la lettre licencieuse de George Sand dont le caractère «explicite» se dévoile au lecteur qui lit une ligne sur deux.

La France parle d’érotisme avec Baudelaire qui avoue à sa maîtresse:

«Que j’aime voir, chère indolente,

De ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante,

Miroiter la peau!»

La France parle aussi de désir cru mais sublime avec l’origine du monde de Courbet.

Entre le désir de la chair et la séduction de l’esprit, la France ne veut surtout pas choisir.

Bien sûr, n’en déplaise aux bataillons de femens hystériques, notre nation est fondée sur l’aimantation des sexes et l’impossible neutralisation de leur commerce et de leur rapport sociaux.

L’esprit français recèle justement ce trésor qu’est l’ambiguïté indépassable des relations entre les sexes.

Mais l’envers de cette galanterie, c’est un avers que l’on appelle la vergogne. En public mais aussi en société, certaines choses ne peuvent se dire et encore moins se faire sans discrétion et consentement.

Un homme bien élevé qui désire une femme ne lui dira pas: «t’es bonne» et ne lui proposera pas non plus, comme sur certains campus américains, de lui prendre pour la première fois la main devant témoins et après signature d’un contrat devant lawyers.

Laisser sous-entendre que regarder de manière concupiscente une femme ou lui faire des avances consiste à se comporter comme un porc, c’est souscrire à une vision du monde islamiste ou puritaine qui postule que le mâle est un suidé bon à châtrer et que la femme est une éternelle mineure.

Car si l’injure faite aux hommes est on ne peut plus claire dans l’injonction « dénonce ton porc », celle faite aux femmes est plus sournoise mais pas moins réelle.

Quelle considération pour nos compagnes se cache derrière cette invitation à la délation?

Nos amies seraient-elles à ce point fragiles, influençables, naïves qu’elles seraient incapables de remettre un malotru à sa place?

Quelle piètre idée des femmes et de leur autonomie que de postuler qu’elles seraient victimes par nature ou par destination.

La France a longtemps résisté, au nom d’une certaine idée de la femme, à ce raz-de-marée mondialo-saxon prônant la guerre des sexes et prescrivant l’émasculation des hommes et la mise sous cloche des femmes.

Mais le pays de la Madone aux fresques des murs est celui qui doit refuser de choisir entre la maman et la putain et accepter de voir dans la femme une altérité égale et respectable autant que désirante et désirée.

10 réflexions au sujet de « La France de Rostand n’est pas celle de Weinstein »

  1. Ne venez pas me laisser entendre que les François ne harcèlent pas les femmes ou encore que des Français n’oint pas agressé sexuellement des femmes.

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    1. Hélène,

      Bien sur que des français se comportent comme des goujats avec les femmes. Il en est même certains qui dépassent les limites ultimes en agressant verbalement ou physiquement les femmes. Et généralement, ce genre de personnages se comporte quasiment à l’identique avec des hommes auxquels ils n’hésiter Pas à balancer des insultes gratuites ou à leur chercher des histoires et à etre violent pour un oui ou pour un non. En réalité nous sommes en train de confondre progressivement sexisme avec manque de politesse ou de respect qui devient habituel dans notre société. L’éducation des 40 dernières années a oublié d’inculquer aux jeunes qui sont maintenant des adultes les notions de simple respect. Et cela se traduit par tout un ensemble de comportement asociaux dont la violence verbale (principalement) faite aux femmes (et en réalité aux hommes mais avec des mots différents). Violence qui parfois vire à l’agression physique et ceci est parfaitement condamnable et passible de sanctions fortes.
      Mais arrêtons de penser que l’ensemble des hommes (évidemment de préférence blancs et occidentaux) sont des porcs. C’est prendre le même raccourci mais à l’envers que ces hommes qui pensent que toutes les femmes sont des putes (chose qui paradoxalement et a contrario est rarement pensée par des hommes blancs et occidentaux)…
      Quant à la délation gratuite sur les réseaux sociaux… où va t on? Cela s’appelle une mise au pilori sans jugement préalable. Deux cas :
      1/ Le porc en est bien un : alors il mérite d’être sanctionné après jugement et une fois sa peine réellement achevée il à droit à l’oubli. Jusqu’à aujourd’hui connaitre le nom d’un délinquant ou d’un criminel est possible mais relativement limité dans le temps et dans l’espace (diffusion de l’info et nombre de personnes). Cela offre aussi l’avantage à la famille d’un criminel de pouvoir continuer à vivre à peu près normalement.
      Là, bonjour la publicité autour du nom du porc, d’autant plus qu’il n’y a plus de gradataion dans la faute. C’est un porc, point. Oui mais comment : des mots, une fois/des fois, des gestes, des attouchements, un viol…? Juridiquement et fondamentalement cela change tout…
      Non maintenant, tout va bien : ton père, ton mari, ton frère est un porc et vit avec cela aux yeux de beauuuuuucoup de monde. Mais évidemment tu dois aussi certainement être responsable des actes du porc…
      2/ Cas 2, le pire : le porc balancé n’en est pas un et l’accusation est gratuite… le gars vit avec cette étiquette sur le dos (et encore une fois ses’proches) et ce, pour longtemps par la magie d’internet…
      A moins que dans ce cas, les femmes autorisent les hommes à avoir leur hashtag ‘balance ta petasse ou ta garce’ ?
      Mais dans quel monde vit-on… un monde d’inversion des valeurs ou de leur abandon ainsi qu’un monde d’ellipses réthoriques. Un monde qui se cache la tête dans le sable face à certaines réalités et qui préfère mettre en oeuvre de fausses solutions simplicistes car plus faciles à mettre en oeuvre que travailler sur le fonds des choses. Mais tout comme le deuil, la phase d’acceptation est fondamentale pour reconstruire sur des bases saines…

      Je précise que non je ne suis pas un vieux con nostalgique d’une époque ancienne. Je ne suis nostalgique que d’une certaine éducation que l’on m’a transmise. Je n’ai que 41 ans… mais il est vrai que je suis blanc, classe très moyenne de par ses parents et qui s’est élevé par le travail vers ce que certains appellent la classe supérieure. Termes particulièrement péjoratifs mais ceux sont ceux que tout le monde comprend plus ou moins.
      41 ans, blanc, élevé dans des valeurs occidentales judéo chrétiennes de respect et d’effort…
      Donc pas si vieux nostalgique… bien qu’à eux seuls les autres critères doivent suffirent à me qualifier de beaucoup de choses immondes de nos jours (phobe de beaucoup de choses, raciste, pollueur…) dont la dernière en date : de porc…

      Tout va bien : Bienvenue dans le pire des mondes…

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  2. Sur la forme: pourquoi, toujours et à propos de tout, introduire des termes anglais dans un article ou un commentaire? A moi, ça me gâche le plaisir et la vie!

    Sur le fond, j’ai été rassuré! Il m’arrive souvent de penser autrement que ce que veut la mode et en l’occurrence, j’ai été stupéfait du signalement public de ce site porcin sans jamais aucuns commentaires péjoratifs ou mises en garde.
    Je ne comprends toujours pas comment les réseaux sociaux ont pu prendre une telle ampleur et officialisation: c’est extrêmement dangereux à beaucoup plus d’un titre; mais c’est devenu normal et pour moi, ce ne l’est toujours pas du tout.
    Et enfin, dans un hôtel, il est quand même assez naïf (euphémisme) pour une femme de se rendre dans la chambre d’un homme pour traiter une affaire … Pour cela, il y a bar, restaurant, salon, salle de réunion etc … non ??? En tous cas moi, dans une situation inverse, je devinerais bien ce que mon invitante aurait derrière la tête …
    Pardon …

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  3. Très bel article qui chante ce qu’est vraiment la France et la place de la femme en France. On est loin des femmes américaines ou même des femens, vulgaires et ridicules.
    C’est cette culture et cette civilisation française que j’aime et qui est mienne. et non celle des autres pays aussi belles soient elles!
    En 1ère, avec Benoît, mon dernier, nous avons lu et commenté toute l’année “les fleurs du mal” de Baudelaire, magnifique!
    Les auteurs de l’article ont oublié les poètes du XXème siècle comme Aragon et “les yeux d’Elsa”, Eluard ou des écrivains du XXéme siècle comme Claudel, Montherlant, Proust, Malraux, etc..

    Personnellement, j’en ai ras le bol de cette polémique qui en réalité ne vise que les hommes. Les femmes sont devenues complètement hystériques, à croire qu’elles haïssent les hommes et veulent leur disparition. Elles ont déjà pris le pouvoir avec la pilule et la contraception, ce sont elles seules qui décident d’avoir ou pas un enfant mais cela ne leur suffit pas.
    Pour ma part, j’ai toujours préféré travailler dans un service avec des hommes, les femmes entre elles sont odieuses, un service composée uniquement de femmes est invivable, c’est l’horreur.

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  4. Votre article est bien beau et cela nous soulage de l’autoflagellation obligée de nos compatriotes.

    Je pense que toute cette histoire grégaire ne concerne pas seulement les femmes, mais bien aussi les hommes. C’est le pouvoir dans le monde du travail qui provoque l’agression sexuel, cela peut se passer entre un homme ou un femme, entre une femme et un homme, entre deux hommes et deux femme, on pourrait parler aussi des enfants qui sont violentés par des homme, des femme, voir par leurs copains. Quand le vernis craque peut importe les genres.

    Dans ma vie professionnelle il m’est arrivé de subir le pouvoir de certaines femmes se comportant…comme certains hommes en véritable sadique manipulateur, il y avait également les femme entres elles ainsi que certain hommes. Je me souviens particulièrement de l’ambiance inquiétante que faisait régner des homos à Radio F. Imaginez un type qui subit un autre homme, aller l’avoué sera très difficile ; la honte…

    Tant que le système pyramidale continuera ils y aura abus de pouvoir.

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