Présidence Macron : le retour de l’autorité ?

Extraits choisis de propos recueillis par Baudouin Eschapasse pour Le Point le 3 septembre 2017.

La posture jupitérienne d’Emmanuel Macron marque-t-elle la réhabilitation de la figure du chef ? L’essayiste Guillaume Bigot réagit.

Le Point : Dans votre dernier livre (La Trahison des chefs, Fayard), vous dénonciez le fait que le management à l’anglo-saxonne, en sapant l’autorité des dirigeants, conduisait au dérèglement et, par voie de conséquence, à la faillite de nos collectivités comme de nos entreprises. Pensez-vous que la présidence jupitérienne d’Emmanuel Macron réhabilite la figure du chef ? Et que le chef de l’État soit en mesure de conjurer cette malédiction ?

Guillaume Bigot : Macron a bénéficié d’un formidable effet de contraste par opposition à Hollande, qui faisait davantage penser à Guy Mollet qu’à Gengis Khan. Son apparence physique, son allant et un minimum de verticalité et de distance (on ne s’appuie que sur ce qui résiste et pas de religion sans tabernacle, disait de Gaulle) l’ont fait d’abord apparaître aux yeux de la France entière – et même de celle, archimajoritaire, qui n’avait pas voté pour lui – comme un Président qui, enfin, allait présider. Hélas, hélas, hélas, avec les selfies à côté de Rihanna, les séances photos à la « Big Jim » (Macron footballeur, Macron pilote, Macron sous-marinier) et la maladroite mise au pas de l’état-major militaire, le naturel managérial de Macron a très vite repris le dessus. Sous les habits du Roi-Soleil, on a découvert un petit consultant arrogant. Emmanuel Macron n’est certainement pas en train de réhabiliter le commandement – art simple et tout d’exécution, comme le disait Bonaparte – au détriment du management, science largement faite de lieux communs moliéresques importée des États-Unis. Remplacer le commandement par une « boîte à outils » utilisable partout, telle est la misère du management dont Macron offre un exemple caricatural. Le manager commence toujours par couper les coûts et s’assurer qu’il dispose du plus grand bureau et de tous les signes extérieurs du pouvoir. Il croit qu’incarner, c’est communiquer. Un chef commande. Un manager qui essaye vainement de diriger s’égosille, formidable aveu de faiblesse : C’est moi le chef !

Quel regard portez-vous sur les premiers pas d’Emmanuel Macron à l’Élysée ? Vous qui avez été chevènementiste, ne relevez-vous pas des « emprunts » ou du moins des « proximités » (sur l’école, la doctrine militaire, le rôle de l’État dans l’économie, l’obsession de l’histoire et la conscience du temps long, la place de la religion dans la sphère publique…) entre le président de la République et Jean-Pierre Chevènement ?

Sur l’école, assurément. On peut espérer qu’un homme aussi lucide et courageux que Jean-Michel Blanquer va nous débarrasser des petits khmers rouges du pédagogisme qu’il faudrait « limoger » au sens étymologique du terme. Sur la doctrine militaire, je ne sache que le général de Gaulle eût jamais diminué le budget des armées. Certes, de Gaulle fut, avec l’aide de Pinay et de Rueff, un profond modernisateur de l’économie française, mais cette « opération » destinée à nous faire rattraper notre retard s’est effectuée en 1958, sous anesthésie générale, grâce à une dévaluation de 30 % et surtout pas sous la pression des partenaires européens ! La chirurgie de Macron n’aura d’autre effet qu’échanger des chômeurs contre des travailleurs pauvres sur le modèle italien de Renzi. Je ne crois pas, hélas, que nous allons renouer avec une croissance forte avec, comme nous devrions le faire, des investissements massifs à coups de dizaines de milliards dans les technologies du futur, via, par exemple, un grand emprunt, proscrit de facto par les dogmes bruxellois. Macron est un fauteur de déflation alors que macro-économiquement, nous aurions besoin d’un bon coup d’inflation. Macron ne veut pas sortir du modèle ordo-libéral européen, et à ce titre il se condamne à un changement marginal, donc à décevoir les Français.

En matière de lutte antiterroriste, le Président semble notamment abandonner la politique visant à multiplier les expérimentations de déradicalisation pour s’en tenir à une posture plus martiale de lutte sur tous les fronts, là encore un emprunt à Chevènement ?

Vous auriez pu aussi citer Pasqua, qui avait raison de vouloir « terroriser les terroristes ». Mais, en l’espèce, Macron emprunte moins au souverainisme qu’au bon sens. Espérer réinsérer des criminels contre l’humanité en les inscrivant dans des programmes de macramé-poterie-coaching-bilan de compétence-relaxation-yoga en saupoudrant le tout de Power Point célébrant des valeurs d’ouverture à l’autre, le projet n’était pas franchement bien parti. Macron a bien fait de rompre avec cette pantalonnade qu’était la déradicalisation. Un bon djihadiste est un djihadiste mort. En revanche, la lutte contre la propagation de l’idéologie islamiste passe surtout par un réarmement moral, la réactivation du patriotisme (mais Macron se veut européen et ne croit pas à la culture française), de l’assimilation non communautariste, notamment par le rétablissement d’un service militaire obligatoire et universel (une jeunesse à égalité, riches et pauvres, garçons et filles, qui sert un même drapeau, une même patrie et apprend à se défendre). Bref, la seule défense face au radicalisme islamique, c’est la radicalisation de la République et les droits de l’homme que l’on doit défendre jusqu’à la mort. On meurt pour son pays, pas pour sa start-up ou sa page instagram. Et cette radicalisation républicaine ne passe pas seulement par le renforcement de la sécurité et de la répression. Enfin, il y a un côté « enrichissez-vous » chez Macron qui est d’ailleurs très positif. Mais ce n’est pas en déprimant l’activité que l’on permettra aux Français de créer plus de richesses.

Dans votre premier ouvrage, les Sept scénarios de l’Apocalypse, publié en 2000, vous prophétisiez l’avènement d’Al-Qaïda, des attaques terroristes d’ampleur à Paris et le retour de la guerre dans la péninsule coréenne. Pensez-vous que prévoir l’avenir nécessite d’imaginer les pires dystopies ?

Pas du tout si l’on cherche à anticiper l’évolution des sciences ou des technologies. Sur ce terrain-là, je serais même très optimiste. Je crois que l’avenir sera encore plus fabuleux que nous ne l’imaginons. Mais, sur le terrain géopolitique et politique, croire que l’humanité ira mieux demain, pis qu’un crime, c’est une erreur. Les optimistes n’ont pas pitié des hommes, disait Bernanos. Notre seule chance d’éviter le pire, c’est de ne jamais oublier qu’il reste possible, à tout moment.

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