Intellos, bobos, écolos, cathos de gauche : le socialisme version Hamon

Article publié sur Le Figaro Vox le 1er mars 2017.

Grâce à son alliance avec Yannick Jadot, Benoît Hamon s’est assuré d’obtenir les voix écologistes. Pour Guillaume Bigot, directeur général de l’IPAG et Franck Dedieu, Délégué Général de République Moderne, tous deux membres du Comité Orwell, on ne gagne pas une élection en séduisant des miettes d’électorat.

Fort de son association avec les verts, le candidat socialiste peut se flatter de réunir 4 gauches… pas si nombreuses et pas si radicales.

Hamon, le candidat de la g-ô-ô-ô-ô-che. Cette formule ne risque pas de figurer parmi ses slogans de campagne tant l’orthographe avec le « o » surplombé d’un accent circonflexe sert à moquer cette partie-là de l’échiquier. Et pourtant, elle soulignerait son talent évident à additionner les tendances, à sommer les opinions. Avec le ralliement du candidat vert Yannick Jadot à son panache rose foncé, Benoît Hamon totalise désormais à son actif électoral les quatre gauches des quatre « o ».

Le premier « o »: celui des intellos précaires, son socle angulaire sur lequel montent des jeunes chômeurs au long CV et aux stages interminables

Le second « o » : celui des bobos repentis des grandes villes à la recherche du grand frisson social le temps d’une nuit-debout, comme jadis les bourgeois aux rondeurs balzaciennes voulaient s’encanailler dans les guinguettes.

Le troisième « o » incarne certains cathos de gauche rassurés par les propos européistes de Hamon et emballés par l’idée maternelle, bienveillante du revenu universel, ce « care » chrétien si commode pour panser les plaies du système sans le remettre en cause.

Enfin, depuis le dimanche 26 février, les écolos fatigués de se battre entre eux, contre le reste du monde et surtout contre des sondages désespérément plats (mieux vaut 5 députés aux législatives que 0,5% aux présidentielles) apportent leur « o » au moulin de Hamon.

Autant l’avouer – et là réside peut-être la formule gagnante d’une primaire réussie – Hamon sait ajouter, rallonger, agrémenter. Comme si ce « narcissisme des petites différences » observé par Freud et si propre à la gauche se trouvait enfin surmonté. Pas si vite. Une longue colonne de chiffres ne fait pas forcément une somme importante. Tout dépend de la valeur des éléments additionnés. Combien pèsent les intellos, bobos, cathos et écolos de Benoît Hamon ?

Pas beaucoup. Les voix recueillies par le candidat socialiste (1,17 million au second tour) additionnées à celles des militants écologistes favorables à l’alliance avec le Parti Socialiste (7 500 suffrages) représentent à peine celles d’Alain Juppé au premier tour des primaires (1,22 million). En somme, la réunion miraculeuse des quatre «o» de la gauche hamoniste représente en poids électoral… l’aile centriste de la droite et seulement 40% des votes en faveur de Fillon au second tour de la primaire de droite.

Au fond, le théorème de Terra Nova se trouve complètement infirmé par la mathématique électorale : sans les classes populaires, les socialistes et ses épigones ne peuvent gagner quand bien même ils parviendraient à réunir sous leur bannière multicolore des bribes de forces auparavant désunies. Les 4 « o » pèsent peu sur un plan électoral mais ils ne sont que des feuilles au vent de la mondialisation et du marché.

Sur un plan idéologique en effet, les vaches sacrées de ces 4 « O » peuvent être gardées sans remettre fondamentalement en cause les repères orthonormés d’un système européen avec en abscisse le culte des droits et son relativisme des valeurs et en ordonnée un libéralisme économique à visage humanitaire comme adouci par une couche supplémentaires de « régulations », de réformes, de normes et autres réglementations. Ces 4 « o » semblent en pincer pour une radicalité capable d’effaroucher les conseils d’administration. En fait, il n’en est rien.

Les 4 « o » s’enflamment pour le revenu universel. Le monétariste Milton Friedman le proposa avant eux l’impôt négatif. Ils veulent accompagner l’exclusion sociale et la « France périphérique » comme on accompagne un mourant. Pas étonnant d’ailleurs si le sort des « migrants » – ces nouveaux damnés de la terre – semble leur servir d’idéal social de substitution, souvent au grand bénéfice du patronat comme le montre l’exemple allemand.

Les 4 « o » n’ont plus le peuple avec eux. Mais au fond, soyons honnête, est-ce réellement le peuple qui s’est droitisé ? Ces 4 « o » plantent 4 clous sur le cercueil de la gauche telle que nous avions l’habitude de la définir au moins depuis le Congrès d’Épinay. Hamon sera son fossoyeur. Peut-être même avec l’aide de Macron.

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Une réflexion sur “Intellos, bobos, écolos, cathos de gauche : le socialisme version Hamon

  1. Analyse intéressante mais qui ne me convainc qu’aux trois-quarts. Le premier o, celui des « intellos précaires », ne me semble pas tant que cela converger vers Hamon mais plutôt s’abîmer dans le dégoût, et peut-être se tourner partiellement vers Mélenchon… Ce n’est là qu’une intuition, à peine un ressenti, qui ne s’appuie, je le reconnais, sur rien de tangible.

    Cincinnatus

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