Hamon-Fillon : le point final du chiraco-mitterrandisme

Tribune de Benjamin Masse-Stamberger publiée sur le Figaro Vox le 30 janvier 2016.

Avec un candidat de gauche bien à gauche et un candidat de droite bien à droite, une page politique se tourne ; mais ce retour du clivage gauche-droite doit faire face au duo Macron-Le Pen.

La victoire-surprise de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, suivant celle tout aussi inattendue, à droite, de François Fillon, atteste que la vie politique française est entrée dans une ère de turbulences où tout est possible, et où tous les pronostics peuvent être bousculés. Cette apparente imprévisibilité ne doit pas empêcher de tenter de discerner les tendances lourdes à l’œuvre derrière ces évolutions en apparence erratiques.

À gauche comme à droite, on peut distinguer une volonté d’en finir avec le monde mitterrando-chiraquien, qui a dominé la politique française depuis plus de 30 ans. Un univers placé sous l’égide de la célèbre phrase du Cardinal de Retz – et dont François Mitterrand avait fait sa devise: « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Ambiguïté d’une gauche mitterrandienne qui, au nom de l’Europe, a fait passer les aspirations sociales au second plan, au risque d’être accusée de trahison aux idéaux du parti de Jaurès. Ambivalence, aussi, d’une droite chiraquienne qui a souvent préféré renoncer aux réformes libérales, plutôt que de se voir accuser de maltraiter outrageusement le corps social.

Des deux côtés du spectre politique, les électeurs ont voulu rompre avec les ambivalences – certains diront la schizophrénie – constitutive de cette période. À droite, Fillon incarne une droite clairement « à droite », libérale en économie, conservatrice sur les questions sociétales. Il est d’ailleurs caractéristique que les deux grands perdants de la primaire soient les deux enfants du chiraquisme, fidèle pour l’un (Juppé), rebelle pour l’autre (Sarkozy). Héritier à sa manière de Philippe Séguin, Fillon ne se situe, lui, pas aussi directement dans cette filiation. On se souvient d’ailleurs de la formule cruelle prononcée par lui en 2005: « De Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes. »

Même constat à gauche: avec Hamon, c’est un retour aux fondamentaux d’une gauche qui n’a cessé de critiquer les ambiguïtés social-libérales de François Hollande. Une gauche «de gauche», là encore: antilibérale en économie, « progressiste » sur les questions sociétales. Là encore, les principaux éliminés de la primaire sont des enfants du mitterrandisme. Hollande a voulu reproduire les habiletés de son illustre prédécesseur, en habillant ses renoncements sur le terrain du social de réformes sociétales exhibées comme autant de guirlandes vouées à démontrer que le flambeau du progressisme était bel et vivant, entre les mains de la gauche. Mais les temps ont changé, et cette stratégie a abouti à un échec complet. Finalement, Hollande n’aura réussi à imiter Mitterrand que sur un point: plomber son Premier ministre réformiste (le rocardien Manuel Valls), tout comme l’homme de Latché était parvenu à couler Michel Rocard en le promouvant. L’autre grand perdant de cette période est Arnaud Montebourg, avocat à l’éloquence et à l’habileté toutes mitterrandiennes, à qui les électeurs ont préféré l’ex-rocardien Hamon. Comme l’ancien président de la République, le chantre du « Made in France » a voulu se poser en homme du rassemblement durant la primaire. Il n’a fait que noyer la flamme qui avait fait son succès en 2011.

Clarification, donc, à gauche et à droite, même si les candidats, des deux côtés, n’ont pas manqué de rendre hommage aux grands anciens. Mais un peu comme on ferait une visite à un vieil oncle, parce que cela « se fait », et que cela ne coûte rien.

Reste à savoir ce que ces évolutions augurent pour la suite de la campagne. Car paradoxalement, au moment où la gauche et la droite sortent de l’ambiguïté, les deux forces montantes de l’élection, semblent s’y installer durablement. Au centre, Macron, dont on ignore toujours le programme, cultive le flou pour mieux ratisser large. Fils de l’immobilisme hollandien pour la droite, il est au contraire honni pour ses transgressions libérales par la gauche. Lui ne semble guère pressé de clarifier sa position. De même, le Front national demeure partagé entre le post-chevènementisme de Florian Philippot, et la ligne catholique-conservatrice de Marion Maréchal-Le Pen. Là aussi, l’urgence consiste à ne surtout pas soulever la poussière cachée sous le tapis.

La question, au fond, est donc la suivante: les Français, avec le grand chambardement qu’ils ont initié, ont-ils indiqué qu’ils voulaient désormais suivre une ligne claire, rompant enfin avec le clair-obscur de ces trente dernières années ? À moins qu’il ne s’agisse plutôt de substituer au traditionnel clivage gauche-droite, une nouvelle opposition structurante, entre un progressisme internationaliste d’un côté (Macron), et un hypersouverainisme de l’autre (Le Pen), eux-mêmes traversés de courants contradictoires. Un nouveau clivage mis en lumière par les élections en Grande-Bretagne et aux États-Unis de l’année dernière, avec le résultat que l’on sait. Réponse dans moins de cent jours.

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Une réflexion sur “Hamon-Fillon : le point final du chiraco-mitterrandisme

  1. «À moins qu’il ne s’agisse plutôt de substituer au traditionnel clivage gauche-droite, une nouvelle opposition structurante, entre un progressisme internationaliste d’un côté (Macron), et un hypersouverainisme de l’autre (Le Pen) »

    C’est la niveau de conscience des Français concernant la responsabilité des traités et des institutions européennes dans la paralysie politique de nos gouvernement qui déterminera le clivage de cette élection. Et comme tout raisonnement étayé sur la question européenne ne peut que convaincre de l’urgence de s’émanciper de l’UE, plus que d’un simple clivage, il s’agit d’une véritable fracture, que la bienpensance politico-médiatique s’ingénie à dénier.

    Le vrai clivage, est Bruxelles / démocratie ou bien asservissement / souveraineté ou bien encore ultraliberalisme / politiques nationales.

    Au passage, l’hypersouverainisme n’existe pas, quand bien même la souveraineté serait portée par un parti d’extrême droite, de même que l’infrasouverainete n’existe pas non plus…
    La souveraineté est un tout indissociable et cohérent, quel que soit le courant politique qui veut la rétablir.
    Battre monnaie, décider de la paix ou de la guerre, faire les lois et rendre la justice sont quatre souverainetés qui ne se garantissent l’une-l’autre qu’à la condition qu’aucune d’elles ne manque.
    Comme sans la souveraineté, il n’y a pas de démocratie possible, MLP est plus démocrate et plus républicaine que n’importe quel candidat qui ne propose ni de renégocier les traités, ni de sortir de l’UE.

    Quatre candidats partagent ce concept : MLP, JLM et NDA, qui veulent tous les trois renégocier les traités ou les dénoncer en cas d’échec des négociations,… et François Asselineau qui veut sortir directement et légalement de l’UE : son élection valant approbation populaire pour un Frexit.

    Au deuxième tour des présidentielles, seule la configuration MLP/JLM est en mesure de garantir le rétablissement de la souveraineté populaire en France, puisque l’intervention du fameux « front républicain » qui a fait élire Chirac en 2002 serait inopérant contre deux candidats dont les programmes nécessitent l’un comme l’autre le retour de notre souveraineté pour pouvoir être appliqués. Ces deux candidats se sont clairement et publiquement exprimés en ce sens.

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