Donald Trump contre Xi Jinping : jusqu’où iront les tensions entre la Chine et les États-Unis ?

A l’occasion de l’intronisation du nouveau président américain, Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, a accordé un entretien fleuve au FigaroVox, dans lequel il explique que Washington combattra d’abord le mercantilisme de Pékin qui pèse sur son déficit commercial.

FIGAROVOX. – Comment comprenez-vous la position très dure de Donald Trump vis-à-vis de la Chine ?

Jean-Michel QUATREPOINT. – Trump a un objectif en tête: recréer de l’emploi, de la valeur ajoutée et de la matière fiscale aux États-Unis. C’est America First. Quand il regarde la balance commerciale des États-Unis, il constate que les déficits commerciaux continuent d’exister, notamment vis-à-vis de la Chine (autour de 370 milliards de dollars), de l’Allemagne (80 milliards) et du Mexique (60 milliards). En 2016, la Chine a encore fait globalement 510 milliards de dollars d’excédents commerciaux. L’Allemagne près de 300. Ce n’est pas un hasard si, depuis le début de sa campagne jusqu’à maintenant, Trump vise la Chine et l’Allemagne. Il cible les deux grands pays mercantilistes de la planète. J’avais écrit Le choc des Empires en 2014 à ce propos. Je décrivais le choc des trois empires économiques que sont la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. L’Empire américain est un pays déficitaire, d’ailleurs comme le Royaume-Uni ou la France… Il fait face à deux pays excédentaires, l’Allemagne et la Chine.

Donald Trump vise naturellement à rééquilibrer les échanges commerciaux. Ce sont des parties de bras de fer et ça ne peut se faire du jour au lendemain. Sur ce point, je suis convaincu que Taiwan est un moyen de négociation avec la Chine. Mais peut-être Trump fait-il une erreur car, pour les Chinois, le principe «un pays deux systèmes» est intangible. C’est un casus belli de reconnaître Taïwan, même s’ils n’iront clairement pas à la guerre.

Pour des raisons économiques, la Chine et les États-Unis ne dépendent-ils pas l’un de l’autre ?

La Chine et les États-Unis se tiennent effectivement un peu par la barbichette. On répète sans cesse que les Américains sont dépendants des Chinois parce que ces derniers posséderaient leur dette publique. Ce n’est pas tout à fait exact. La dette américaine représente 19 976 milliards de dollars au 31 décembre. Elle a quasiment doublé en augmentant de 9 340 milliards de dollars sous Obama! Cela montre bien qu’il n’a pas réussi à rééquilibrer son commerce extérieur. Néanmoins, l’essentiel de la dette est dans les mains américaines, ce que nous, Français, devrions méditer… Un tiers est détenu par les organismes publics américains, un tiers par le privé et un tiers par l’étranger. Dans ce dernier tiers, le Japon est en tête suivi de très près par la Chine avec 1100 milliards soit environ 5% du total.

Quelle est alors la nature de la dépendance entre les deux géants économiques ?

Les Américains ne peuvent pas, du jour au lendemain, se passer des importations chinoises. C’est une véritable addiction, notamment pour la Silicon Valley. Pendant vingt ans, on a découpé en tranches, en sous-ensembles, les produits et on est ensuite allé chercher le pays où le sous-ensemble était le moins cher. Dans l’industrie automobile, très implantée au Mexique, les composants franchissent plusieurs fois la frontière avant d’être assemblés au Mexique pour être vendus aux États-Unis. C’est ce modèle économique qui est remis en cause. Mais il faut faire un peu d’histoire pour comprendre les origines de cette crise.

Quelle est justement l’origine de cette crise dans la relation sino-américaine ?

Carter puis Reagan et Margaret Thatcher ont fait une alliance en 1978 avec Deng Xiaoping. L’objet du deal signé en 1982 et appliqué en 1997 a été la rétrocession de Hongkong à la Chine. Ce qui était essentiel pour les Chinois, c’était la reconnaissance du principe « un pays (la Chine communiste), trois systèmes (Chine, Hongkong et Taïwan) ». Autrement dit les Américains ne reconnaissaient pas Taïwan, ce qui ne les empêchait pas de défendre cet État avec lequel les Chinois eux-mêmes commercent, notamment via Hongkong.

La contrepartie fut l’intégration de la Chine dans la zone dollar. Les Américains étaient alors dans un conflit commercial avec Tokyo. Il s’agissait d’affaiblir le Japon qui voyait dans le Yen une future grande monnaie. Toyota, Mitsubishi et Nissan voulaient alors apprendre aux Américains à fabriquer des voitures… L’intégration de fait de Pékin dans la zone dollar a rendu caduc tout espoir de faire du Yen une grande monnaie. Du coup, les premières entreprises à se délocaliser en Chine ont été des groupes japonais qui souhaitaient produire en zone dollar, avec une main-d’œuvre à très bas coût, pour ensuite exporter. Le second volet de l’alliance était idéologico-militaire: grâce à cet axe Pékin-Washington, les Américains ont détaché la Chine de l’URSS, appliquant le bon principe selon lequel on divise pour mieux régner.

Cette alliance a donc bien fonctionné…

Oui, la Chine est devenue l’usine du monde, a engrangé d’immenses excédents commerciaux avec une balance des transactions courantes très positive qui lui a permis de faire accéder une partie de sa population à un niveau de vie relativement important, et cela très vite. Les Chinois me racontaient alors qu’on leur avait expliqué que la démocratie à l’anglo-saxonne était la seule voix pour atteindre la prospérité économique et former une classe moyenne en un temps record… Ils m’ont répondu ensuite l’avoir fait en seulement trente ans! Les autres grands gagnants furent les multinationales et les banques. Ce fut cette alliance contre nature entre Walmart, Wall Street et le Parti communiste chinois qui a guidé le monde pendant vingt ans: les multinationales font fabriquer en Chine à bas coûts de main-d’œuvre, réexportent les produits vers les pays à demande solvable en Occident, empochent au passage les bénéfices qu’ils logent dans les paradis fiscaux. Comme on paupérise une partie des classes moyennes américaines, pour leur faire supporter cette paupérisation, on baisse les prix des produits en important massivement. C’est la raison pour laquelle la balance commerciale américaine continue d’être déficitaire et l’Amérique est obligée d’émettre de la dette. On a beau jeu alors de parler de cercle vertueux! On recycle en réalité une partie des excédents chinois dans la dette américaine. Pour les populations marginalisées et paupérisées d’Occident, ce n’est évidemment pas la bonne solution. C’est davantage un palliatif qu’une véritable vision économique.

À partir de quand cette alliance marque-t-elle des signes de faiblesse ?

La situation va changer en 2005 quand les Américains découvrent que les Chinois ne vont pas jouer le jeu qu’ils attendaient d’eux. Les Américains souhaitaient que la Chine, après avoir été l’usine du monde, fabrique pour son propre marché intérieur – un milliard quatre cents millions de consommateurs ! – et que les multinationales américaines gagnent ce marché. Il fallait donc que la Chine adopte toutes les normes anglo-saxonnes occidentales en matière commerciale mais plus largement politique en devenant une véritable démocratie occidentale avec des élections libres. Cela signifiait la fin du parti communiste… Cela signifiait aussi qu’il n’y ait pas de concurrence faussée en faveur des entreprises chinoises. Toutes ces normes étaient réunies alors sous l’appellation de Consensus de Washington, la bible du libre-échange mondialisé.

Les Américains ont été bien naïfs: ils n’ont pas compris que les Chinois aimaient bien le capitalisme, mais que les 85 millions de membres du Parti communiste n’avaient aucune envie d’abandonner leur pouvoir et que, surtout, les Chinois étaient nationalistes. En 2005, les Américains découvrent des rapports secrets établis par le Plan chinois qui prévoyaient une montée en gamme de l’économie avec l’objectif de devenir en l’espace de vingt ans le leader mondial de l’innovation, de la recherche et de la technologie. Le ciel est tombé sur la tête des Américains: l’ambition chinoise était tous azimuts, ils avaient une stratégie globale. Or, jusque-là, seuls les États-Unis avaient une telle stratégie.

Quelle était cette stratégie globale de la Chine ?

Cette stratégie chinoise s’exprimait en particulier à travers un soft power rendu possible grâce aux instituts Confucius, aux médias chinois proposés à travers le monde dans un très grand nombre de langues. Surtout, les Chinois ont développé des concurrents aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) avec Alibaba, Baidu ou Tencent. Une entreprise comme Huawei, n°1 des télécommunications en Chine, veut devenir un géant mondial. Apple se fait concurrencer par Xiaomi. Des jeunes start-up poussent d’un coup, aidées par les autorités chinoises. La Chine est aujourd’hui dans la phase où, après avoir constitué une classe moyenne, acquis un savoir-faire, elle se met à inventer et non plus seulement copier. Elle est aujourd’hui en position de force pour se livrer à des bras de fer avec les multinationales américaines et les obliger à passer sous ses fourches caudines. Apple est ainsi totalement dépendant de la Chine. Que se passerait-il demain si Apple ne pouvait plus fabriquer ses produits dans les usines de Foxconn (société taïwanaise d’ailleurs…) en Chine?

Le président chinois était présent au forum économique international de Davos. Il s’est fait le défenseur du libre-échange. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas tout à fait comme cela qu’il faut interpréter les choses. La Chine a absolument besoin que l’on ne mette pas de barrières douanières parce qu’elle n’a pas achevé sa mutation et qu’il lui faut donc gagner du temps. Les Chinois ont du mal à passer d’un modèle économique totalement mercantiliste tourné vers les exportations à un modèle où la consommation intérieure prend le relais. Ils ont notamment négligé le phénomène de la lutte contre la corruption. Xi Jinping a été précisément choisi pour mener cette lutte. Il mène celle-ci de façon si rude qu’il a inquiété toutes les strates du Parti communiste. Depuis trois ou quatre ans, on assiste ainsi à une forte exportation des capitaux – il faut même parler de fuite des capitaux – qui traduit une perte de confiance d’une partie de la classe moyenne supérieure chinoise dans la pérennité du système chinois. C’est le vrai défi pour la Chine. À l’origine, les exportations de capitaux ne posaient pas problème. Avec ses excédents, la Chine pouvait investir massivement en Occident, racheter des entreprises étrangères, des technologies, etc. C’est ce qu’ils ont fait et c’est ce qui était encouragé par le gouvernement. Je me souviens très bien des titres publiés il y a plusieurs années par China Daily qui représente assez bien la ligne orthodoxe du Parti : The race abroad (la course à l’étranger), pouvait-on lire. Mais ils n’ont pas vu que la lutte contre la corruption, nécessaire mais menée avec une férocité terrible, a inquiété beaucoup de Chinois et que les capitaux ont commencé à fuir le pays. La Chine a perdu en six ans près de 1200 milliards de dollars. Les réserves monétaires du pays sont tombées de 4200 milliards à 3000 milliards de dollars. Une partie a certes été utilisée sous forme d’investissements, mais une autre partie, très majoritaire, représente les magots de Chinois accumulés à l’étranger.

On parle souvent d’une guerre de la monnaie que mènerait la Chine en accumulant de l’or pour renverser le dollar comme monnaie d’échange internationale…

C’est l’un des projets chinois avec les BRICS qui est effectivement de faire en sorte que le dollar ne soit plus la seule monnaie de transaction internationale mais que ces pays développent leurs propres échanges en se passant du billet vert. Comme la monnaie la plus forte à l’intérieur des BRICS est le yuan, ce serait assez logique que la Chine représente l’alternative. Cela dit, il faudra bien un jour s’asseoir autour d’une table et réformer le système monétaire international. Tout vient de là. Le cycle économique néolibéral commence le 15 août 1971 avec l’abandon par les États-Unis de l’indexation du dollar sur l’or. De la même façon, je crois que l’on peut espérer qu’un nouveau cycle économique commence avec une conférence monétaire internationale qui redéfinisse un régime de change qui tienne compte des nouveaux rapports de force, où la Chine aura toute sa place, comme les États-Unis et comme l’Europe. N’oublions pas non plus le Japon voire la Russie.

Quel est le jeu de Trump vis-à-vis de la Russie ?

Il fait la même chose que Reagan, mais à l’envers. Reagan voulait dissocier la Chine de la Russie soviétique. Trump essaie de dissocier la Russie de la Chine.

Barack Obama et Hillary Clinton ont représenté une certaine idéologie américaine qui était à la fois démocrate et néoconservatrice. Ils ont considéré qu’il fallait isoler les forces du mal qui n’ont pas accepté de jouer leur jeu. Il s’agissait évidemment des Chinois et des Russes… Pour cela, il y avait les accords de libre-échange, mais aussi, en Europe, l’avancée de l’OTAN. On est allé titiller les Russes sur leur pré carré, dans les Pays baltes, au début des années 2000, sans qu’ils réagissent. Mais par la suite, ils n’ont pas accepté que cette avancée touche la Géorgie et l’Ukraine. De la même façon, Washington a empêché le Japon de basculer du côté de Pékin en 2011 et a ensuite fait sortir la Birmanie de l’orbite chinoise. Avec les sanctions contre la Russie, on a voulu montrer à ces pays qu’ils avaient tort de ne pas accepter toutes les règles du jeu des démocraties libérales. Le résultat est évidemment que Moscou et Pékin se sont rapprochés… Il ne pouvait pas en être autrement! Les Russes ont les matières premières, un territoire, mais aussi des technologies militaires. Quand on discute avec les Chinois, ils expliquent bien que la Russie n’est pas une puissance économique, mais qu’en revanche, sur le plan militaire, elle est de tout premier ordre, ce qui se vérifie en Syrie… Pour l’instant, Pékin comme Moscou y trouvent leur compte.

Ce rapprochement est un vrai défi pour Washington. Les Chinois ont récupéré les Philippines avec Rodrigo Duterte. C’est un comble car soyons clairs, les Philippines étaient une colonie américaine depuis plus d’un siècle! De la même façon, les Américains viennent de perdre la Turquie. C’est un échec cinglant pour la diplomatie de Barack Obama, mais Trump est lucide. Il essaie donc d’enfoncer un coin dans l’axe Moscou/Pékin en rappelant qu’il ne sert à rien pour les Américains d’ostraciser les Russes. Moscou n’est pas un rival de Washington sur le plan économique. Au contraire, leurs différents groupes pétroliers peuvent même coopérer. Les Russes ne détruisent pas d’emplois aux États-Unis, les Chinois, si !

Que pensez-vous des déclarations extrêmement martiales du nouveau secrétaire d’État américain devant le Sénat à propos des agissements de Pékin en Mer de Chine méridionale ?

Il faut bien comprendre que la lutte d’influence entre Washington et Pékin dans cette zone maritime ne date pas d’hier. Pour Pékin, la Mer de Chine du Sud est une mer intérieure. Il ne faut pas oublier non plus les ressources naturelles importantes qui s’y trouvent et sa localisation dans une zone commerciale stratégique sur le trajet maritime de la Nouvelle Route de la Soie chinoise. La Chine estime donc que le problème de souveraineté concerne les pays limitrophes et que la flotte américaine n’a rien à y faire. Les Américains quant à eux ont deux obsessions depuis toujours. La première est que l’Amérique n’a jamais été envahie.

D’où le traumatisme de Pearl Harbour en 1941…

Oui, mais justement, que s’est-il passé? Les Américains ont laissé une flotte étrangère se développer, la flotte japonaise. Pour eux, tout pays qui veut développer une flotte de guerre à vocation offensive à l’échelle des océans leur rappelle de mauvais souvenirs. Or, l’expansion de la marine chinoise est très importante depuis quelques années. S’il y avait un jour une négociation à avoir, celle-ci pourrait concerner Taïwan en échange de quoi la flotte chinoise pourrait s’engager à ne pas dépasser la Mer de Chine. Les États-Unis ne transigeront pas sur le contrôle des mers et des océans, comme les Britanniques au XIXe siècle.

Et la seconde obsession américaine ?

Pour le coup, elle n’est pas en rapport avec l’empire économique chinois, mais avec l’empire économique allemand. Il s’agit du refus d’un axe entre l’Allemagne et la Russie. Il ne faut pas que le capital et la technologie allemands s’allient avec les matières premières et la main-d’œuvre russes.

Ceci permet-il de comprendre la stratégie de Trump vis-à-vis de l’Europe, notamment les critiques qu’il a émises au Times et à Bild à propos de l’OTAN, de l’UE, mais aussi de l’Allemagne d’Angela Merkel? À l’inverse, c’est un satisfecit pour Theresa May tandis que la France semble absente de son discours…

Pour les Américains, comme pour les Allemands d’ailleurs, la France a cessé d’exister… Lors de la guerre d’Irak en 2003, Condoleezza Rice a eu cette formule qui représentait bien l’état d’esprit des Américains: «Il faut punir la France, ignorer l’Allemagne, pardonner à la Russie». À l’époque, Washington espérait que Poutine rentrerait dans le rang. La France était alors leur cible, car sur le plan militaire et diplomatique, elle représentait davantage que l’Allemagne. Mais la situation a changé. Si la France compte encore militairement, elle est affaiblie diplomatiquement. Pour Trump, l’Allemagne domine l’Europe parce qu’elle dispose du leadership économique. C’est en la matière un concurrent des États-Unis comme on l’a vu avec l’affaire Volkswagen et le truquage des moteurs diesel. L’ardoise va coûter une fortune au groupe allemand, ce qui arrange bien les États-Unis.

Comment les Européens devraient-ils se positionner vis-à-vis de l’Amérique de Donald Trump ?

On ne peut pas en vouloir à Trump de défendre les intérêts des Américains, comme on ne peut pas en vouloir à Poutine de défendre les intérêts des Russes ou à Xi Jinping de défendre les intérêts des Chinois. Il faut d’ailleurs que les Européens comprennent que l’on est dans un monde de rapports de force, ce qui n’exclut pas de discuter et de trouver des compromis. Arrêtons d’être les bisounours de la planète et de nous imaginer que nous pourrons jouer armés de nos seules « valeurs ». Derrière, il doit y avoir du business et du hard power. L’Europe s’est toujours bercée de l’illusion en pensant que les Américains la défendraient systématiquement. Ils nous défendront si cela sert leurs intérêts. N’oublions jamais qu’ils sont intervenus en 1917, non en 1914 et qu’ils sont intervenus à la fin de l’année 1941 parce que les Japonais les ont attaqués. Ce qu’il faut en matière de défense, c’est d’abord compter sur nos propres forces. Heureusement que nous avons notre propre dissuasion nucléaire, mais les moyens de la défense diminuent et il va falloir moderniser notre force de frappe, ce qui nécessite des investissements colossaux.

On constate déjà depuis quelques années que le taux de croissance du commerce international est moindre que celui de la croissance mondiale… Avec Donald Trump, la démondialisation pourrait-elle devenir une réalité ?

En réalité, je crois bien que c’est le cycle néolibéral qui s’achève. Comme je vous le disais, Xi Jinping ne fait pas vraiment l’éloge du libre-échange à l’occidentale. Dans China Daily, un professeur assez reconnu en Chine, M. Wang, auteur de Le choix historique de la Chine en matière de gouvernance mondiale, explique que «l’ère du néolibéralisme incarné par le consensus de Washington qui domine la pensée économique depuis les années 1980 est désormais de facto révolue. Cette approche a été discréditée, en particulier pendant la crise financière, qui a révélé un vide de la pensée». Cet homme a raison. Nous sommes au bout d’un cycle. Les Chinois l’ont compris. Mais il y a un vide de la pensée, y compris chez les Chinois d’ailleurs! Ils se cherchent, ils ne savent pas très bien quoi faire. Il y a un an, en Chine, je discutais avec des gens du Plan. Il y a des débats internes en Chine. Ils n’ont pas encore de solution, mais ils comprennent très bien que les perdants de cette mondialisation vont se rebiffer! Comment accoucher d’un nouveau système où il y ait nettement moins de perdants?

Certains analystes parlent de monde multipolaire qui pourrait remplacer le monde unipolaire incarné et souhaité dans les années 1990 par les États-Unis. Mais aujourd’hui, n’allons-nous pas vers une nouvelle forme de bipolarité Washington/Pékin?

C’est le fameux G2 ! Ce qu’il faudrait pour éviter justement une confrontation entre la Chine et les États-Unis, ce serait que l’ensemble des grands acteurs internationaux, y compris les Européens, se mettent d’accord sur le respect des cultures des uns et des autres. Cette dimension, c’est la base du monde multipolaire. Arrêtons de vouloir donner des leçons aux uns et aux autres, chacun doit balayer devant sa porte et, essayer de comprendre ce que pense l’autre, ce qui ne veut pas forcément dire que l’on approuve. Les gens ne sont pas forcément des abrutis ou des « méchants ». Mais, ensuite, il faut à un moment donné faire des deals, trouver des compromis. Trump, qui est un dealmaker, pourra peut-être avancer dans cette voie. Au contraire, les néoconservateurs établissent toujours cette confusion entre idéologie et business via la vente d’un kit global de la démocratie néolibérale et du libre-échangisme.

Il faut donc qu’on arrive un jour à se mettre autour de la table. C’est ce qu’on avait espéré avec le G20 qui suivit la crise de 2008. Ce fut l’un des échecs d’Obama, un parmi d’autres. On n’a pas inventé de nouveau modèle économique et on a préféré dire que l’on continuerait comme avant. Le résultat, c’est 10 000 milliards de dettes en plus pour les Américains, sans parler de nos dettes… En termes de dette publique sur PIB, la France, avec 99%, est grosso modo au même niveau que les Américains. Nous avons d’ailleurs un modèle qui ressemble beaucoup à celui des Américains car nous les avions copiés économiquement dans les années 1990. On a laissé se développer les modèles mercantilistes allemand et chinois. Cela arrangeait quelques grandes entreprises mais cela n’a pas développé l’emploi et la croissance sur notre territoire.

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