2017 ou la fin de l’éclipse française ?

Entretien avec Guillaume Bigot par Alexandre Devecchio publié sur le Figaro Vox le 30 décembre 2016.

Guillaume Bigot fait le bilan géopolitique de l’année 2016 et dresse les perspectives pour 2017. Et si la France renouait avec la grandeur ?

Quel bilan tirez-vous de l’année politique ? Le Brexit et l’élection de Trump marquent-ils un changement de monde ?

Le théâtre change. La parenthèse libérale ouverte avec Thatcher-Reagan se referme. L’alliance générationnelle de Woodstock et de l’université de Chicago, de Cohn-Bendit et de Madelin qui célébrait la liberté de « profiter » sans entrave s’est rompue sous nos yeux. Anglais et Américains sont entrés les premiers dans ce « trip », ils en sortent en premiers. Logique.

L’irruption fracassante d’une mondialisation violente et religieuse (avec le 1109) a fini par remettre en selle le politique. Tout a commencé en business et en hédonisme et tout se termine en mystique pour paraphraser Péguy. Le doux commerce cher à Montesquieu n’a pas évacué la question la plus épineuse et la plus grave qui soit : la question politique. Comment faire vivre ensemble ce mammifère déprogrammé qu’est l’être humain ? Le profit ne saurait y suffire. L’homme ne vit pas que de pain.

Les nations sont-elle en train de faire leur grand retour ?

Il faut être Français, à tout le moins ouest-européen, pour poser cette question. Les nations n’ont jamais disparu. Plus d’une vingtaine de nations sont nées depuis 1990. L’Union soviétique – autre nom de l’empire russe -, les empires britannique et français ont fini par faire éclore des nations (« on ne se pose qu’en s’opposant », l’exemple de l’Algérie est frappant).

C’est une étrange idée, celle du possible dépassement des États nations par une organisation internationale humanitaro-économique (l’Union européenne) qui a pu faire croire aux européens de l’ouest que les nations s’effaçaient. L’Union européenne est une utopie sympathique mais absurde, celle d’un empire sans dominant, sans impérialisme et dépourvu de volonté de puissance. L’UE est un oxymore historique dont la légitimité (plus ou moins consciente) était d’empêcher le retour des deux totalitarismes. Au moment où il devint impossible que nazisme et communisme menacent le vieux continent (1991), la France propose à l’Allemagne de se ligoter avec elle et avec d’autres pays pour ne plus fauter (1992). Un peu comme des alcooliques casseraient leur bouteille. Il était pourtant manifeste que la réunification allemande ne remettrait pas en selle le nationalisme germanique, la démographie des deux Allemagnes le garantissait. De même, l’Allemagne était vaccinée contre le bolchévisme. Mais la chouette de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. À travers le suicide de la nation organisé par Maastricht, Paris s’est mis à faire du luddisme, à casser ses outils de souveraineté.

La globalisation qui semble avoir également mis les nations en pointillé date également de 1991. Cette croyance en une pacification et une unification du monde au nom des valeurs occidentales offre un second paradoxe historique : au moment précis où, pour la première fois depuis la renaissance, des peuples non occidentaux accédaient à la puissance (Inde, Chine) ou contestaient de manière redoutable l’ordre occidental (le 11 septembre), l’Occident se racontait à lui-même une fable, celle de son triomphe sans partage.

A présent, ce qui menace les nations menace aussi la paix, ce sont les forces centrifuges et centripètes qui fragilisent les États : communautarismes, tribalismes, guerres de religion mais aussi pouvoir exorbitant que les multinationales se sont arrogées. La technologie qui se joue des frontières favorise et Facebook et Daech. Là réside le péril que l’ordre public pacificateur à l’échelle d’un territoire et d’un peuple soit balayé. Ceux qui rêvent que les multinationales s’arment et assurent elles-mêmes l’ordre public sont des fous non moins dangereux que ne l’étaient les communistes. Si les États vacillent, les digues de la civilisation seront emportées.

Dans ce contexte, la France joue un rôle crucial car c’est elle qui a inventé le concept d’État nation. Si l’ordre international s’effondre sous les coups de boutoir conjugués des marchés financiers, des GAFA, des islamistes, des diasporas, des maffias et des divers courants post-nationaux, nous n’aboutiront pas à un équilibre autorégulé ou à un califat mais à un gigantesque chaos. Des temps barbares à échelle planétaire. C’est pourquoi le retour de la France sur la scène mondiale est si important et qu’il ne concerne pas que les Français (qui seront les derniers à le croire et à l’espérer). Au vingtième siècle, c’est la toute puissance de l’État qui a tué. Au vingt et unième, c’est l’impuissance de l’État et le débordement du politique par le religieux (islamisme) ou par l’économique (libéralisme) qui tueront. L’État peut être totalitaire évidemment mais il peut aussi, lorsqu’il est démocratique, abaisser au maximum le niveau de violence. L’absence d’État peut massacrer à plus grande échelle encore que le totalitarisme. C’est la leçon de ténèbres refoulée des temps barbares (cf. Toute l’Histoire du Monde). Le politique est un rempart essentiel. Sans État, pas de droit de l’homme. Jamais, nulle part.

Quel rôle la France peut-elle jouer dans la nouvelle organisation géopolitique qui se dessine ?

Commençons par rappeler que le monde tel qu’il est a été en grande partie façonné par des mains, des armes et des idées françaises.

De la fondation du Royaume-Uni, à la création des Etats-Unis et de la plupart des nations sud américaines, en passant par les unités allemandes, italiennes, de l’imitation de la grande révolution par la Russie et par la Chine, au percement des canaux de Suez et de Panama, la géographie humaine de la planète telle que nous la connaissons aujourd’hui ne serait pas ce qu’elle est sans la France. Des Nations-Unis aux JO, en passant par l’Internationale, la machine à rêve hollywoodienne ou bollywoodienne, le monde tel que nous le connaissons n’existerait pas sans nous.

Avec notre laïcité et notre Marianne aux seins nu, nous sommes le diable pour les djihadistes. Hitler, lui, voyait dans la patrie de Voltaire (avec le judaïsme) son ennemi juré. La France joue dans l’ère moderne et politique un rôle analogue à celui joué par Israël dans l’antiquité et sur un plan religieux. Israël invente le monothéisme et la morale. La révolution française est un phénomène historique de portée analogue : les droits de l’homme et du citoyen sont les tables de la loi modernes. À côté de la Déclaration de 1789, la constitution américaine respire le provincialisme tandis que le communisme est un populisme. Ce texte conserve une portée révolutionnaire dans le monde de 2017. Les Français sont un peuple qui s’est élevé très au-dessus de lui-même.

Qu’on le reconnaisse ou pas importe peu, la France dispose de plusieurs clés de l’avenir du monde. Considérons, par exemple, la généralisation de la transition démographique qui emporte un irrémédiable vieillissement de la population mondiale, la politique de natalité française offre non pas une solution mais la solution. On peut aussi songer à notre conception de la laïcité qui peut sortir des peuples des affres des guerres confessionnelles.

Tout homme libre a deux patries disait Benjamin Franklin, la sienne et puis la France. Une formule qui préfigurait cette sentence de Charles de Gaulle: « il existe un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ».

Cette responsabilité, corollaire de notre génie particulier parmi les nations, est d’autant plus difficile à assumer qu’il faut hélas compter avec d’autres caractéristiques, nettement moins reluisantes celles-là, du tempérament national: constamment tentée par l’autodénigrement, la France peut aussi être mesquine et rabougrie, prétentieuse et minable (ce n’est pas incompatible comme le montre notre classe dirigeante actuelle). Peuple de géants ou de nains, c’est selon.

La France ne peut assumer ses responsabilités qu’en reprenant confiance en elle et en renouant avec une politique de puissance (« faire que ce qui est juste soit fort » prêchait Pascal). Il ne saurait être question de se lancer dans une croisade idéaliste, dans des interventions tous azimuts kouchnériennes, encore moins de verser dans une politique déclamatoire. Au contraire. La France doit faire, non dire. La France doit se faire championne de la défense de la souveraineté des États. Le traité de Westphalie reste le pire système à l’exception de tous les autres. Nos ennemis sont les islamistes qui veulent détruire les États et propager le califat, nos adversaires ce sont aussi les intérêts coalisés des « 1% » et qui se jouent des frontières, y compris de leur propre pays. Les GAFA ne sont pas nos ennemis mais leur tendance à imposer le privé au public est extrêmement dangereuse.

La France doit renouer avec une stratégie mondiale. Dans cette «welt politik», l’Afrique pourrait être plus qu’une base arrière. Les nations africaines manquent d’eau potable, de sécurité, d’infrastructures. Nous manquons de matières premières. Proposons aux nations du continent un deal gagnant-gagnant. Sortons du stade infantile de la culpabilité à l’égard de nos anciennes colonies, en cessant de prétendre faire le bien des Africains à leur place mais offrons leur de servir leurs intérêts et le nôtre. Les Français sont les cousins des Maliens alors qu’ils n’ont aucun intérêt commun avec les Lettons. Ce n’est pas parce que les Européens sont blancs que nous avons un destin et des intérêts à partager avec eux. Au fond, l’UE est une idée un peu raciste.

Paris doit d’abord défendre ses intérêts mais, ce faisant, nous pourrions devenir le chef de file des pays qui veulent se défendre contre les ingérences américaines ou chinoises. De Gaulle avait trouvé un équilibre entre l’Est et l’Ouest. C’est une politique de non alignement vis-à-vis des deux géants chinois et américain que nous devrions promouvoir. À cet égard, la Russie sera un allié de choix. L’Iran et l’Inde peuvent le devenir. Israël et la Grande-Bretagne pourraient se rapprocher d’une France redynamisée. Et si l’élection de Trump ne confirme le retour de Washington à son traditionnel isolationnisme, les Etats-Unis eux-mêmes pourraient devenir un partenaire au service de la défense de l’ordre étatique. Imaginons un alignement des planètes : Washington-Londres-Paris-Moscou. L’islamisme et une Chine agressive n’auraient qu’à bien se tenir.

Entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie ne risque-t-elle pas d’être marginalisée ? Quid de l’Europe ?

Commençons par faire un sort à l’Europe. Elle va tomber comme un arbre mort. De Gaulle avait dit que la Russie boira le communisme comme l’eau d’un buvard. La France fera de même avec l’européisme, cette dernière idéologie du XXe siècle.

La Russie s’impose comme un allié naturel et traditionnel d’ailleurs. Le retour de Moscou sur la scène internationale nous sert bien plus qu’il ne nous gêne. Plus les Etats-Unis et la Chine font sentir leur domination plus ou moins pacifique sur le reste du monde et plus ce reste du monde sera enclin à suivre d’autres modèles.

La question la plus délicate est posée par la Chine, le coup de colère d’Obama qui tente de ressusciter la guerre froide in extremis est plutôt une marque de faiblesse personnelle qu’un acte stratégique. Face à l’hégémonie américaine, Pékin offre un soutien. La Chine est aussi menaçante. Ce grand pays s’arme à une vitesse effarante. Pékin veut récupérer Taïwan et imposer une pax sinica à toute l’Asie en remplaçant la VIIème flotte des Etats-Unis. La Chine ne peut se permettre de laisser à l’US Navy sécuriser ses approvisionnements ou ses flux commerciaux de là à mettre en cause la souveraineté du Vietnam ou des Philippines, c’est inacceptable. Cette situation est périlleuse. L’Asie est dans une situation analogue à celle de l’Europe à la veille de 1914.

Dans cette montée des périls en mer de Chine, la mondialisation ne joue pas un rôle apaisant mais aggravant. Plus la Chine dépend des Etats-Unis (et l’inverse n’est pas moins vrai sur un plan financier et monétaire) et plus l’équilibre entre les deux États continents devient précaire.

Redevenue elle-même, la France pourrait jouer un rôle de médiation dans cette tension sino-américaine à condition de ne pas prendre trop ouvertement parti. Inquiétante aussi est la fragilité du régime à Pékin. Plus il se sentira menacé et plus il se montrera agressif. Taïwan peut devenir les Malouines du PCC.

La France doit rester fidèle à sa doctrine de reconnaissance des États et non les régimes. Ce que deviendra la Chine doit demeurer l’affaire des Chinois et de personne d’autre. Mais nous devrions garder à l’esprit que le gouvernement actuel peut s’effondrer. C’est une hypothèse, ce n’est pas la seule. La Chine semble en meilleure forme que les Etats-Unis. Les routes chinoises sont mieux entretenues que les high-ways et les dirigeants chinois semblent moins naïfs à l’égard des marchés que leurs homologues occidentaux. Or, le pays dominant finit toujours pas donner le la. Du capitalisme, les membres du parti communiste chinois pourraient dire ce que Flaubert disait de Mme Bovary (« c’est moi ! »). À une question que j’ai posée à des caciques du PCC : «comment faites-vous pour demeurer communiste alors que vous avez autant de milliardaires ? », l’un d’entre eux a souri : «C’est très simple, chez nous, dès que vous devenez très riche, vous êtes obligés de prendre votre carte ! » Gare à une Chine qui assurerait la promotion du slogan inversée de Karl Marx (milliardaires de tous pays unissez-vous ! ), cette Chine-là nous fera rapidement regretter la pax americana). Mais si la France de demain est habile, elle offrira un juste milieu entre un modèle trop collectiviste écrasant les libertés individuelles et un modèle trop individualiste.

Quels sont les atouts et les handicaps de la France dans cette nouvelle configuration?

Notre classe dirigeante ne croit pas que la France ait un avenir hors de l’Europe. Elle se trompe en raison d’une double illusion d’optique. D’abord, elle ne cesse de nous comparer à la Chine et aux Etats-Unis qui sont gigantesques. Mais se comparer aux 180 autres nations dans le monde (qui ne sont ni Pékin, ni Washington), c’est se consoler. Cette obsession de la taille (comme l’a parfaitement formulé le philosophe et mathématicien Alain Rey) correspond à une grave erreur de jugement, à une confusion entre quantité et qualité. Ce n’est pas parce que l’on pèse 300 kilos que l’on est vigoureux.

Pendant des siècles, Londres ou Venise, deux petites thalassocraties commerciales ont dominé le monde. L’exemple de la Russie (3% du PIB mondial, armée qui pèse plus que la nôtre en quantité mais moins en qualité), d’Israël (un dixième de la population française) montrent que là où existe un patriotisme, une fierté collective, la taille n’est pas un obstacle.

Nos handicaps sont au nombre de deux : l’un est subjectif, c’est notre manque de confiance en nous et il est lié à une classe dirigeante qui distille son défaitisme (pour ne pas dire son « vichysme ») dans tout le corps social et l’autre est objectif, c’est notre absence de matières premières (même si une coopération renouvelée avec l’Afrique et le développement des énergies alternatives, dont le nucléaire desserreront la contrainte). Les atouts quant à eux sont nombreux.

Nous ne pesons plus sans l’Europe, ce calcul qui semble dicter par une froide analyse tourne en réalité le dos aux poids et aux mesures.

La France, c’est le 43ème territoire du monde et le deuxième domaine maritime du globe.

L’Hexagone est, par exemple, plus de deux fois plus étendu que la Grande-Bretagne et notre surface utile est plus importante que celle du Canada (second État le plus vaste du monde). Notre territoire est fertile, tempéré, varié et sublime.

Démographiquement équilibrée et en croissance (+ 500 000 chaque année), la population française est la 2Oème population du monde (sur 180, en éliminant les micros États). L’Allemagne, dont il ne viendrait à l’esprit de personne de considérer qu’elle est un pays négligeable, perd elle 500 00 âmes chaque année. À ce rythme, dans vingt ans, nous serons plus nombreux que nos voisins.

Au plan économique, si nous avons perdu du terrain, nous demeurons 6ème puissance mondiale en parité de pouvoir d’achat. In fine, la puissance économique d’un État dépend de la combinaison de trois facteurs : la croissance démographique, l’investissement et le « progrès technique ».

On nous rabat les oreilles avec la dette mais l’endettement d’une nation doit être apprécié globalement, en tenant compte de la dette des administrations publiques mais aussi de celle des entreprises et des ménages. En tenant compte de ces trois données, non seulement la France n’est pas endettée (comme le sont les Etats-Unis par exemple) mais elle est riche. L’épargne est colossale (peu exposée aux risques des marchés) et il suffirait qu’un pouvoir fort draine cette manne pour que le taux d’investissement français s’envole.

Nos « élites » nous ressortent les classements Pisa ou Shanghai pour souligner que notre capacité à former de la matière grise serait devenue dérisoire. Restons sérieux. Retirons les Français de la Silicon Valley ou de la City et tout s’arrête.

Concernant Pisa, la ville de Shanghai y figure mais retenons le seul 6ème arrondissement de Paris et l’on verra alors notre place ! Si le niveau scolaire français baisse en raison des effets conjugués de l’immigration, de la crise économique et de la réforme permanente lancée par les « casseurs » de la rue de Grenelle (la folie réformatrice des pédagogistes n’est pas sans rappeler la révolution permanente de Mao), nous restons mieux classés que les USA, ce qui relativise notre chute.

Il y a certes moins de piscines ou de terrains de tennis à l’ENS qu’à Harvard par exemple mais le niveau des étudiants de la rue d’Ulm n’a rien à envier à ceux de Cambridge, Massachussetts. Un agrégé français du secondaire est cent coudées au dessus d’un universitaire nord américain moyen. Si nous offrions à nos élites des débouchés en France plutôt que de les condamner à l’exil, l’effet de détonation sur la puissance hexagonale serait considérable.

La force demeure l’ultima ratio comme le gravaient nos rois sur leur canon. Notre capacité technologique et industrielle dans ce secteur reste majeure. Avec les USA et la Russie, nous maîtrisons cette arme absolue qu’est le sous-marin lanceur d’engin. Nos armées sont à bout de souffle mais aguerries (nos soldats n’ont jamais cessé de combattre depuis la fin de la guerre d’Algérie). Nous avons une longue tradition militaire.

Langue vernaculaire et de prestige, le français sera parlé par 700 millions de locuteurs dans vingt ans.

Les peuples, comme les individus qui les composent ont plus ou moins de charme. Celui exercé par la France reste magnétique. Notre classe politique semblait surprise de le constater au lendemain des attentats. Comme l’avait parfaitement résumé cette lectrice américaine : « La France incarne parfaitement tout ce que les fanatiques haïssent ! » Pour reprendre la formule de Woody Allen: « si la France n’existait pas, il faudrait l’inventer ! »

Notre pays incarne à la fois l’art de vivre, la beauté, le glamour mais aussi la révolution, l’égalité et Victor Hugo. L’Amérique produit des super héros (Superman, Spiderman, la princesse Leïla), la France enfante des personnages de légende vrais (De Gaulle, Bonaparte, Jeanne d’arc). L’image, le capital de sympathie du pays, sa signature nous offre un atout décisif car difficilement reproductible. Plutôt que de parler de soft power comme le font les américanouillards qui nous gouvernent, parlons de puissance onirique. Mais alors que la machine à rêve de l’Amérique bat son plein, celle de la France a été stoppée par ses dirigeants eux-mêmes qui se prennent en selfie lorsqu’ils visitent la Maison Blanche !

Finalement, notre main est formée de l’ensemble de ces cartes. C’est parce que très peu de nations réunissent toutes les dimensions de la puissance que nous pourrions revenir au centre du jeu. Si nous renouons avec la confiance en nous, si nous détachons les boulets qui nous entravent, imaginons le potentiel d’une start-up nation de 70 millions d’habitants qui seront bientôt 80 ?

Comment voyez-vous la présidentielle de 2017 ? Quels sont les enjeux de cette élection ?

Ma réflexion se concentre plutôt sur le long terme. Il m’arrive de voir assez clair de loin (la dangerosité d’Al Qaeda, le risque djihadiste en France, les effets calamiteux des interventions américaines en Irak ou le Brexit) mais pas nécessairement de près.

Certains candidats incarnent une part de vérité. Fillon ou Macron ont raison: l’économie française est étouffée sous les impôts et le traitement social de la pauvreté correspond à une impasse. Pour autant, il n’est pas sérieux d’essayer de nous vendre le libéralisme en 2017 (pourquoi pas le minitel ?) au moment où les anglo-saxons veulent en sortir.

Mélenchon ou Montebourg n’ont pas tort sur le fait que la majeure partie de la population ne peut plus joindre les deux bouts (et qu’il est insensé de vouloir baisser les salaires) ou que le point que des services publics puissants constituent un atout à ne surtout pas brader. Pour autant le service public « à la mode de papa » et les prébendes des syndicats ne sont plus acceptables.

La première difficulté de ce scrutin, c’est que ces vérités s’excluent. C’est soit l’auto entreprenariat type Uber, soit les services publics à la mode CGT. Personne n’offre de synthèse valable.

Second constat, aucun candidat ne croit que la France puisse renouer avec son destin.

À part Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan, tous les autres candidats croient encore au mirage européen et restent engoncés dans un carcan comparable à la ligne Maginot ou à l’Algérie française. Dupont Aignan peine à décoller. Marine Le Pen, à qui il faut reconnaître le courage d’avoir tué un père politiquement indigne, demeure lestée par son patronyme et par le côté PME familial de son parti (le père, la fille, la nièce, on nage en pleine névrose !). Surtout, il y a un amateurisme et un côté gros rouge qui tâche dans ce parti. Ce n’est pas le racisme et l’antisémitisme qui appartiennent au passé qui posent problème mais plutôt le manque de souffle, d’ambition et le côté trop « négatif » du FN qui l’empêche d’incarner la relève.

Il serait d’ailleurs temps que tous ceux qui croient au redressement de la nation sans se reconnaître dans le FN se comptent pour pouvoir compter. Il faudrait une confédération des souverainistes des deux bords.

Avec le FN, nous sommes en présence d’une sorte de syndicat de la France périphérique qui hérisse le poil de la France centrale. Philippot a ressuscité le PCF. Jacques Sapir a raison, il ne sera pas possible de renverser la table sans ce parti mais il a tort sur un autre point : il serait regrettable que ce parti renverse seul la table (il n’en a d’ailleurs pas la hauteur de vue ou la capacité à unir tous les Français), plus regrettable encore que le Front dirige la manœuvre. Pas un instant De Gaulle n’a imaginé la Résistance sans le PC mais il a veillé à ce que les communistes n’aient pas la main.

Quant aux primaires de Gauche, il paraît très improbable que qui que ce soit en sorte et ceci pour une raison simple, la gauche a déjà un candidat naturel et ce candidat s’appelle Marine Le Pen. Le suspense tient désormais au candidat qui portera les couleurs de la droite, s’agira t-il bien de Fillon ? Il est possible que Macron vienne le doubler sur son centre, il a pour lui la jeunesse et la nouveauté.

Surtout la croyance que la France « seule » (la France alliée à la Russie serait moins seule qu’à la remorque de Von Rompuy et de Juncker !) ne peut plus rien et que l’Europe constitue notre horizon indépassable plombe la plupart des candidats et nous empêche collectivement de penser à un effet « reset » comme le fit de Gaulle en 1958, les Jules en 1877, Bonaparte en 1799 ; etc.

En résumé, je ne sens aucun candidat apte à porter un projet de reboot du logiciel France.

La maladie de langueur qui nous ronge depuis le début des années 80 est telle que nous avons peine à imaginer que nous allons nous redresser. Lorsque la classe dirigeante actuelle aura été remplacée, nous pourrions assister à la renaissance d’une grande nation comme entre 1880 et 1910 où Paris retrouva sa place de capitale des arts et des sciences. Disons que la prochaine présidentielle sera plutôt le début de la fin de l’éclipse française.

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8 réflexions sur “2017 ou la fin de l’éclipse française ?

  1. Confondre « libéral » et « libertaire », voire même associer les deux est une grave erreur. Peut-être est-elle due à la méconnaissance de l’auteur ? Il devrait apprendre.
    Le libéralisme suppose des règles identiques pour tous, ce qui est une grande différence avec les socialisme ou communisme, toutes tendances confondues. Ainsi, par exemple, le libéralisme s’oppose au monopole ou même à l’abus de position dominante : voir la législation ANTI TRUST qui est profondément libérale.
    Le libertarisme, lui, est l’absence revendiquée de toute règle et même, pour beaucoup, le refus des pouvoirs régaliens. C’est « quelque peu (beaucoup) chaotique ». Qualifier M Reagan de libertarien le ferait se retourner dans sa tombe. Il n’a pas mérité ce mauvais traitement.

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  2. Je ne comprends pas. Passionnée par la lecture de cet article, tout est retombé comme un souflet a la lecture de cette phrase:  »En résumé, je ne sens aucun candidat apte à porter un projet de reboot du logiciel France. »
    Promenez-vous sur le net!

    Il y a une personne qui est dans le chemin de ce que vous enoncez plus haut: FRANCOIS ASSELINEAU.
    Quand est-ce que le Comité Orwell osera en parler haut et fort?

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      1. Qui d’autre en effet !? Si le Comité Orwell a d’autres solutions je suis prenneur… maintenant si vous n’avez pas d’autres solutions, expliquez pourquoi Asselineau et l’UPR ne vous conviennent pas, ce sont peut-être de bonnes raisons…

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    1. François Asselineau est quelqu’un de brillant et de courageux, mais il développe une vision assez complotiste et paranoïaque des choses, persuadé que les USA tirent toutes les ficelles. Je dirais de lui ce que De Gaulle disait de Maurras : il est devenu fou à force d’avoir eu raison.
      Guillaume Bigot

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      1. Je découvre votre message un peu tard et un peu décue je le reconnais. Dommage de vouloir clore le sujet par une citation, un peu facile… C’est l’indifférence qui rend fou, pas la vérité.
        Je fais donc de meme, sans élever le débat:
         »J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence » (Anatole France)

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  3. Encore une énorme impasse sur le parti le plus écouté de France… pas surprenant.
    Pendant ce temps l’UPR grossit, grossit… Gare à la surprise messieurs les journalistes !

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