Après Berlin, repensons complètement le droit d’asile

Article écrit par Guillaume Bigot, publié sur le Figaro Vox le 23 décembre 2016.

Au Levant, les minorités religieuses et ethniques sont persécutées. Leur accueil massif renforce la cohésion nationale et réconcilie la patrie des droits de l’homme et la fille aînée de l’Église.

Après avoir ouvert sa porte aux réfugiés, la Chancelière allemande va sûrement la refermer.

Consistant à faire contre mauvaise fortune démographique bon cœur migratoire, cette généreuse politique d’asile avait été fragilisée par une mauvaise nuit à Cologne. Le camion suicide de Berlin vient de la percuter de plein fouet. En Allemagne, l’alliance du réalisme économique et de l’idéalisme humanitaire semble avoir vécu.

De ce côté du Rhin, nos gouvernants se sont gardés de créer un appel d’air équivalent. À raison. Les flux migratoires (regroupement familial et immigration économique illégale) voient au bas mot deux cents milles musulmans sunnites s’installer chaque année en France. La présence d’une forte minorité sunnite, imparfaitement assimilée, la ré-islamisation radicale qui séduit une minorité – limitée mais en expansion – d’enfants et de petits-enfants français de l’immigration mais aussi de convertis ne laissent pas d’inquiéter. Renforcer la présence de l’Islam sunnite dans l’Hexagone n’était donc pas raisonnable. Pour une fois, la pusillanimité du président normal a eu du bon. Les musulmans sunnites ne sont pas tous islamistes. Les islamistes ne sont pas tous djihadistes. Il n’en reste pas moins qu’au contact de la modernité, l’Islam majoritaire et traditionnel peut muter en totalitarisme. Une onde idéologique s’est brutalement levée après le 11 septembre et traverse désormais tout le monde sunnite, prenant toujours plus d’ampleur et de vitesse.

L’islamisme a déclaré la guerre aux mécréants, soit à l’humanité toute entière moins une poignée de fanatiques. Le caractère irréaliste voire suicidaire d’une telle entreprise ne la rend pas moins dangereuse. Il est acquis que l’écrasement militaire de Daech ne ralentira pas la dissémination de cette idéologie. Que les djihadistes soient éclatés en chapelles promptes à s’entre-tuer n’implique pas que la question islamiste soit en passe de se résorber. Alors que l’Islam chiite vire sa cuti, les convulsions qui agitent l’Islam majoritaire paraissent loin de retomber.

Les optimistes n’ont pas pitié des hommes disait Bernanos. S’il est impensable que le djihad gagne, sa propagation ne semble pas sur le point d’être enrayée. Victoire impossible, paix improbable.

La circonspection est d’autant plus de mise en France que notre pays est lié par l’histoire et la géographie à de nombreuses régions où le djihad pousse ses feux.

En Europe occidentale, c’est via l’internet mais aussi à travers les mouvements de population que cette idéologie peut se diffuser. Chaque migrant n’abrite pas un djihadiste en puissance. Pourtant, répétons-le, la friction de la tradition sunnite et de la modernité occidentale sait produire un vif ressentiment qui peut dégénérer en djihadisme. Ne faisons pas comme si ce mécanisme n’avait pas déjà répandu haine et désolation autour de nous. Certains États voisins (l’Algérie par exemple) ont payé pour le vérifier.

Dans un tel contexte, transférer de populations sunnites en Europe n’est donc pas anodin.

Inversement, l’accueil massif de minorités religieuses victimes de l’islamisme renforcerait la cohésion nationale des États occidentaux et la nôtre en particulier.

Accorder l’asile aux moyen-orientaux persécutés à raison de leur religion et non à tous les civils fuyant les combats reviendrait à faire preuve d’un peu d’humanité mais aussi d’un minimum de lucidité. On poussera des cris d’orfraie en invoquant l’universalisme du droit d’asile. Comment réserver l’application de ce droit de l’homme aux minorités non sunnites du Moyen-Orient sans tordre nos principes?

Au motif de respecter la lettre des droits de l’homme, nous trahissons en fait leur esprit.

La République avait toujours réservé un accueil fraternel aux victimes évidentes de la tyrannie, non à ses partisans potentiels. Imaginons Blum invoquer le droit d’asile pour accueillir des partisans de Franco fuyant l’Espagne en feu. La guerre qui ravage le Levant n’est pas idéologique mais religieuse et il serait plus que temps d’en tirer les conséquences. Le moment semble propice pour cesser de confondre les postures autocentrées de Bernard-Henri Lévy avec une géopolitique. Dans ce qui reste de l’Irak et de la Syrie, on compte encore quelques démocrates sincères parmi les sunnites. On les compte mais on ne peut guère compter sur eux.

Ouvrir nos frontières aux victimes arabes des persécutions musulmanes permettrait à Paris de renouer avec sa mission traditionnelle de protectrice des Chrétiens d’Orient. Accorder l’asile aux Malékites ne serait-ce pas favoriser l’odieuse épuration confessionnelle entreprise au Levant et ailleurs par les Islamistes?

Si des minorités religieuses sont en danger chez elles (le gouvernement égyptien semble de moins en moins capable d’assurer la sécurité des millions de ressortissants Coptes) et que nous ne pouvons les secourir autrement, les accueillir semble un moindre mal.

La réal-politique (rusée comme le serpent) devient alors compatible avec l’idéalisme (doux comme la colombe).

L’accueil de ces communautés menacées de mort là-bas offre un moyen de renforcer le vivre ensemble ici.

L’installation dans nos banlieues d’un million de Malékites (mais aussi de chiites, de yézidis, etc.) reconnaissants à l’égard de leur nouvelle patrie peut accélérer l’assimilation d’une minorité de jeunes français ré-islamisés ou convertis qui fantasment le retour à une tradition étrangère voire hostile à la République. Enrichir la population de nos quartiers d’arabophones enclins à adopter et à respecter nos lois et nos mœurs fera aussi éclater cette insupportable hypocrisie consistant à assimiler islamophobie (rappelons que phobie signifie peur) et racisme. Apporter la démonstration que la couleur de peau, l’origine ethnique ou la langue ne freine en rien l’assimilation.

Un Islam sunnite apaisé comme le sont les volcans d’Auvergne et dans une France sûre d’elle-même et dominatrice ne s’opposait nullement à l’assimilation. Aujourd’hui encore, dans les rangs de l’armée où le patriotisme reste vif et où le courage moral et physique est encore une vertu (chérie par l’Islam), les 20 % de soldats musulmans sont parfaitement Français (et le sont d’ailleurs mille fois plus que les exilés fiscaux de souche). Mais dans un pays qui se pique d’interdire les crèches ici (alors que l’on vend des femmes et des enfants chrétiens comme esclaves là-bas), dans une nation qui se veut postmoderne et multiculturelle et où l’excuse d’être soi et la gêne à l’égard de l’Islam (véritable racisme inavoué) tienne lieu de fierté collective, l’arrivé de centaines de milliers de sunnites est hasardeuse. Inversement, l’accueil de rescapés de l’islamisme contribuerait à bouter cette idéologie mortifère hors de nos frontières. Protéger les victimes des guerres interconfessionnelles du Moyen-Orient, c’est peut-être prévenir une guerre civile chez nous, ce serait assurément réconcilier la patrie des droits de l’homme et la fille aînée de l’Église.

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