L’Etranger Hollande…

Eric Delbecque est président de l’ACSE et auteur de Idéologie sécuritaire et société de surveillance. Le storytelling du XXIe siècle (Vuibert).

François Hollande a décidément du mal à éviter les phrases malheureuses. En affirmant que « ce qui compte », c’est ce qu’il fait et ce qu’il dit, renvoyant ainsi ses « confidences » aux deux journalistes qui ont publié Un Président ne devrait pas dire ça à de banales conversations de coulisses, il démontre qu’il n’a rien compris à la figure du Chef de l’Etat sous la Ve République.

En réalité, l’ancien patron du PS qu’il est resté – psychologiquement et culturellement – ne saisit pas ce qu’est l’Histoire, et le rôle qui lui incombe en tant que gardien des institutions. La Constitution de 1958 lui reste invinciblement étrangère. Il y a chez cet homme une impossibilité de l’incarnation. Il demeure dramatiquement lui-même, et rien que lui-même, quoi qu’il arrive.

Par définition, devenir le Président dans un pays comme le nôtre conduit à transcender sa petite personne (sans l’effacer, bien sûr) pour incarner un collectif, un roman national et une vision. Cela nécessite énormément de travail sur soi, beaucoup de rigueur, une titanesque et intuitive connaissance des recoins les plus intimes de l’identité hexagonale, et une capacité à distinguer en permanence ce qui mérite d’être exprimé et ce qui restera dans le silence. François Hollande ne parviendra jamais à mener à bien de telles opérations mentales. Il saura manifester à l’occasion l’habileté d’un notable de la IVe République, mais il échouera invariablement à comprendre les exigences de la grande politique gaullienne et les nécessités de l’exercice du pouvoir en situation dégradée, dans un pays qui traverse une crise importante et qui rejette violemment ses élites.

Il fut élu sur un malentendu et n’a jamais rempli les conditions élémentaires de la fiche de poste… Dans un pays sûr de lui-même, volant de succès en succès, la banalité du « chef » aurait pu demeurer une question secondaire, ou tout au moins maîtrisable. Dans une nation qui doit urgemment prendre des décisions qui dessineront les contours de son destin dans ce siècle, c’est une véritable catastrophe…

Se projeter dans le temps, concevoir une stratégie et en assurer l’application, assumer la dureté des arbitrages déplaisants, délaisser les postures morales avantageuses pour faire œuvre de vérité, décider pour la France dans la durée sans privilégier les féodalités du moment : autant de défis dont l’actuel hôte de l’Elysée ne réussira jamais à prendre la mesure.

François Hollande est une espèce de Meursault de la politique. Comme L’Etranger d’Albert Camus, il erre sur la scène publique sans faire vraiment partie du jeu, à aucun moment. Symbole de l’absurde dans un décor de film historique, il semble passer par erreur devant les caméras et jouer un rôle sans même en avoir été informé.

Néanmoins, il faut relativiser l’importance de l’ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Pour toutes les personnes désireuses d’observer avec lucidité l’actuel chef de l’Etat depuis son élection, rien ne surprend décisivement dans ces pages. L’absence de cohérence et de perspective stratégique, auxquelles il nous a habitués depuis quatre ans, ne s’alimente ici de rien de particulièrement surprenant.

La seule question intéressante concerne les motivations de François Hollande. Que pouvait-il attendre d’une telle démarche ? J’entends bien les commentateurs expliquant qu’il voulait laisser un commentaire de son quinquennat, une chronique de ses actions : mais il fallait alors prendre la plume et livrer sa pensée. Que peut-on espérer d’un tel type d’exercice ? A l’évidence pas grand chose…

Il faut s’y résoudre une bonne fois pour toutes : cinq ans perdus avec Meursault, représentant de l’absurde…

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