Cadeaux fiscaux de François Hollande : pourquoi les classes moyennes ne lui disent pas merci

Tribune de Franck Dedieu parue dans le Figaro Vox le 4 octobre 2016.

Le projet de budget 2017 est le dernier du quinquennat de François Hollande. Pour Franck Dedieu, le président socialiste multiplie les gestes fiscaux en direction des classes moyennes et populaires, qui ne le lui rendent pas.

François Hollande connaît par cœur cette loi fondamentale de la mathématique fiscale: pour obtenir un impôt plus redistributif, il suffit de le rendre plus progressif. Selon cette mécanique de «justice sociale», la pression fiscale s’accroît sur les «gros» contribuables et se réduit relativement voire disparaît au bénéfice des plus modestes. Depuis trois ans, le président de la République suit ce principe de la progressivité sans dévier d’un pouce.

Le budget 2017 ne fait d’ailleurs pas exception: les cinq millions de foyers imposables aux revenus les plus modestes verront leur facture fiscale baisser d’environ 20%. «L’effort de redressement a essentiellement porté sur les ménages les 10% les plus aisés» martèle le ministère des Finances. À bon droit. Selon les calculs du cabinet Jeantet, un couple avec deux enfants et 42 000 euros de revenus annuels nets paye 13% de moins depuis l’élection du Président socialiste. Le même foyer nanti cette fois de 90 000 euros a vu sa «douloureuse» bondir de 39% entre 2012 et 2016. La politique familiale – pourtant attachée à l’universalisme des prestations – obéit également à ce principe de la progressivité. Depuis le 1er juillet 2015, l’État module le versement des allocations familiales en fonction du revenu. Au-delà des querelles byzantines sur la justesse et l’efficacité économique de la démarche, la modulation des «allocs» réduit techniquement les écarts de niveau de vie entre classes sociales. Et, en l’espèce, de façon assez franche pour ne pas dire brutale: les ménages avec plus de 90 000 euros annuels touchent quatre fois moins de prestations, ceux en dessous de 67 140 euros voient leur situation inchangée. Même la loi Macron, considérée comme un totem ou un épouvantail libéral, se plie à cette règle de la progressivité au chapitre des frais de notaire, réduits pour les petites transactions.

Tous les bons manuels de finances publiques le disent: au nom de la justice sociale, la gauche favorise la progressivité quand la droite (libérale) prône plutôt à la proportionnalité pour ne pas décourager l’initiative privée. Mais alors, une question vient immédiatement à l’esprit: Pourquoi les classes moyennes et les foyers modestes, bénéficiaires des décisions fiscales des gouvernements Ayrault et Valls, se détournent-ils du vote socialiste comme le suggèrent les sondages et les résultats aux élections intermédiaires? Ils reçoivent «comptablement» des coups de pouce et administrent «politiquement» des coups de barre. «L’homme est ingrat, l’humanité est reconnaissante». Pour se rassurer François Hollande pourrait faire sien ce bon mot de Chateaubriand, mais il ne saurait s’en contenter pour éclaircir cet étonnant paradoxe.

Une erreur consisterait à expliquer la défiance populaire comme la manifestation un brin puérile d’une sorte de jalousie sociale. «Certes, François Hollande s’emploie à réduire les impôts des foyers modestes voire à les exonérer mais ceux-là préfèrent pester contre les cadeaux faits aux entreprises – donc aux patrons – au travers du pacte de compétitivité». Autrement dit, le soutien aux entrepreneurs – «ennemis de classe»? – éclipserait les aides aux classes moyennes. Une thèse à récuser au vu des sondages réalisés auprès des Français, majoritairement attentifs à la bonne santé des entreprises françaises.

Une autre explication, «identitariste» celle-ci, est de plus en plus avancée. À peu près en ces termes: «À quoi bon multiplier les gestes fiscaux en faveur des plus modestes, leur préoccupation politique se tourne désormais vers l’immigration et la préservation de leur identité». Un peu trop simpliste et surtout un peu trop commode pour balayer d’un revers de main le problème du pouvoir d’achat.

Non, l’ingratitude fiscale tient sans doute plus trivialement à une question de … proportion. François Hollande arbitre toujours à faveur de la redistribution mais la fraction «redistribuable» – donc redistribuée – s’amenuise sans cesse. Et les effets économiques finissent par devenir imperceptibles même aux yeux des foyers aux fins de mois difficiles. Placer toutes ses poignées de graines du «côté social» de la balance pour faire contrepoids à la montée des inégalités et du chômage ne suffit plus. Par exemple, un foyer avec 42 000 euros de revenus paye 13% d’impôt en moins depuis l’élection de Hollande mais cette remise équivaut ni plus ni moins à 0,5% de ses ressources. L’absence d’augmentation sur la fiche de paye causée par une crise longue de presque dix ans produit sur son pouvoir d’achat des effets autrement plus importants que de petits gestes fiscaux. De même, le milliard d’euros de baisses d’impôt au crédit de cinq millions de foyers correspond à seulement 16 euros par mois pour chacun d’eux … Certains suggèrent logiquement d’aller plus avant dans la redistribution, d’augmenter la masse d’actifs à imposer puis à répartir mais là encore la marge de manœuvre s’amenuise. Les prélèvements obligatoires absorbent déjà 44,5% de la richesse nationale produite. La méthode social-démocrate arrive au bout de sa logique et sur ces ratios économiques de coins de table tient sans doute sa crise existentielle. Imposer pour corriger une mécanique néolibérale et ordo-libérale conçue en grande partie à Bruxelles ne suffit plus. Prélever pour rectifier les effets délétères sur l’emploi et les inégalités d’un Traité européen de nature austéritaire devient inefficace. Le moteur ne se règle plus avec minutie, il se change. La social-démocratie agissait «ex-post» sur les richesses, il faut agir «ex-ante» sur le système.

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2 réflexions sur “Cadeaux fiscaux de François Hollande : pourquoi les classes moyennes ne lui disent pas merci

  1. Tout ça c’est du blabla. Je suis commerçant, je paie de plus en plus d’impôts alors que mon chiffre d’affaire s’est réduit suite aux attentats et aux manifestations violentes du printemps. J’ai la sale impression de payer pour ceux qui se satisfont des aides sociales et autres avantages pour vivre. Ma compagne et moi travaillons 7 jours sur 7 pour entretenir des assistés. Mon raisonnement peut vous paraître simpliste mais c’est ainsi alors, nous avons décidé de sortir du jeu, de quitter Paris, de tout vendre et de nous mettre à la retraite à la campagne où notre qualité de vie sera certainement meilleure.

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