« Il faut tout refuser aux musulmans comme nation et tout leur accorder comme individus »

Article écrit par Guillaume Bigot et publié sur Le Figaro Vox le 26 juillet 2016.

Alors qu’un prêtre a été égorgé par des islamistes à Saint-Etienne-du-Rouvray, Guillaume Bigot voit dans la litanie des massacres depuis un an les ferments d’une guerre civile. Il appelle nos dirigeants à retrouver le sens de l’Histoire.

Dès sa fondation par Hugues Capet, le royaume de France fut travaillé par l’unité. La France n’est pas innée, elle fut acquise par les armes. Notre pays est tout entier un projet d’unification. Ce projet a réussi, il est devenu une République « indivisible », cadre juridique d’un peuple toujours prompt à se déchirer. Mais cette « volonté de vivre ensemble » qui a forgé la France n’est pas un « vivre ensemble ». La France est redevenue une volonté forte qu’il n’a jamais été bon de contrarier.

Notre peuple est artificiel et ultra politique. En son sein, les divisions sont potentiellement inflammables. Les Français tolèrent mal la diversité de communautés, difficilement compatibles avec l’idéal et la dynamique nationale de l’unité. Nos élites n’aperçoivent pas le danger. Profondément américanisés, nos dirigeants ne comprennent pas le risque.

La grande nation n’a jamais été homogène à la manière de l’Allemagne qui fut peuple avant de devenir État. La France ne fut jamais mono ethnique car ses tribus « de souche » sont aussi diverses que les migrants venus l’augmenter depuis un siècle. Les Français exogames ne veulent pas vivre « chacun chez soi » mais « unis chez eux. » À l’inverse, les Anglo-saxons ne sont guère incommodés par le voile islamique car un « wasp n’épouse pas facilement une pakistanaise ou une nigériane ».

Cet idéalisme naïf (« nos ancêtres les gaulois »), ce goût de l’unité abstraite (« les jardins à la française, cartésianisme, dissertation.. ») peuvent se muer en redoutable intolérance. La France est terre de mélange mais d’un mélange qui peut s’avérer détonnant. Notre fraternité peut dégénérer en férocité (les « fré-roces » disait Lacan). Après Charlie, après le Bataclan, après Nice et après ce qui viendra après, il est vital de l’empêcher.

Ce danger est d’autant plus ignoré par notre classe dirigeante actuelle qui semble oublier que, contrairement aux Etats-Unis, notre pays n’est pas qu’une terre d’immigration. Les indigènes y restent majoritaires. Par une singulière inversion, l’expression « indigènes de la République » désigne précisément les enfants des allogènes. Nous sommes dans le déni.

Dans ce fantasme d’Etats-Unis, nous sommes invités à respecter les différences et l’identité de toute les communautés. Toutes sauf une… la communauté «gauloise» qui, elle, est priée de s’effacer en ruminant ses fautes (Vichy ; torture en Algérie ; etc.).

Après avoir entretenu et diffusé l’auto-flagellation nationale pendant trente ans, les programmes scolaires mais aussi les médias et certains politiques ont engendré une minorité d’aliénés qui ne savent plus qui ils sont et qui se haïssent à force de ne plus pouvoir s’admirer. Jusqu’à la tragédie récente, la majorité des Français eux-mêmes n’était plus très sûre d’avoir moralement le droit de brandir leur drapeau.

Certes, des Français ont commis des crimes imprescriptibles. Bien sûr, la colonisation a parfois su se montrer odieuse. Se comparer, c’est néanmoins se consoler et cesser d’expier.

Jamais la France n’aura sur la conscience l‘irréparable commis par les États-Unis sur les indiens ou ne portera l’écrasante culpabilité d’une Allemagne dont le «grand conquérant» s’est suicidé, comme il avait vécu, ignominieusement, dans un bunker. Notre pays n’a pas non plus à ressasser le remords qui rongera un jour l’âme russe ou chinoise lorsque le souvenir des goulags ou de la révolution culturelle remontera à la surface de leur conscience nationale.

Nos classes dirigeantes aspirent à l’universalisme juridique des Etats-Unis mais oublient qu’aux Etats-Unis d’Amérique, un patriotisme puissant soude les communautés. Tous les enfants y plaident allégeance à la bannière étoilée.

Nouveau hic, le drapeau de l’avenir que brandissent nos élites n’est plus le tricolore mais celui d’une Europe sans âme, ni substance politique et dont les principales réalités sont monétaires (l’Euro, la PAC ou encore les fonds structurels). Personne n’ira mourir pour Bruxelles pour la même raison que personne ne se fera trouer la peau pour les fonds de pension.

Circonstance aggravante, la globalisation est censée nanifier notre patrie. Israël, la Corée ou Singapour semblent pourtant de petites nations pleines d’allant et ceci en pleine mondialisation.

Fort heureusement, la « grande nation » reste une réalité, encore engourdie mais pleine d’avenir. Une réalité qui a peu de rapport avec ce «vivre ensemble» que l’on veut nous imposer.

Si l’on ne rompt pas avec ce passé qui plombe (« la repentance ») et avec cet avenir qui dissout (« la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir »), nous allons nous réveiller dans un présent fracturé. En France, aucune minorité ne s’est jamais dressée contre la majorité sans en payer le prix. Et ce prix fut souvent celui du sang (Huguenots, Vendéens, nobles, collabos encore en 1940).

C’est pourquoi il ne faut plus jamais parler des « populations musulmanes » pour désigner nos compatriotes de confession musulmane mais d’un peuple, le nôtre, dont ils doivent désormais faire partie intégrante. « Il faut tout leur refuser comme nation et tout leur accorder comme individus. Il faut qu’ils ne fassent dans l’Etat ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu’ils soient individuellement citoyens. » Le programme de Clermont Tonnerre à l’égard des Juifs, celui de la Révolution, reste d’une brûlante actualité. C’est pourquoi, il faut assimiler les musulmans. C’est aussi pourquoi il faudra aussi tenir à leur égard la promesse de la fraternité et de l’égalité. Il est urgent de faire l’amalgame, seul moyen pour prévenir de redoutables amalgames.

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4 réflexions sur “« Il faut tout refuser aux musulmans comme nation et tout leur accorder comme individus »

  1. Il est toujours délicieux de lire un texte qui s’appuie sur la réalité historique… C’est si rare…!

    Effectivement, la France est une construction politique. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Mais vis-à-vis du monde et malgré les nombreuses trahisons qu’elle a subies, sa survie à travers les siècles est la preuve que l’idée politique qui l’a construite dépasse le cadre des clans, des tribus et des races, comme celui de son territoire.
    C’est à mon sens ce qui lui donne son universalité, aussi bien dans le temps que dans l’espace…, cette universalité que nombre de ses dirigeants, dont tous les présidents depuis Pompidou ont si mal servie, ternissant son image, trahissant son identité, menaçant sa survie.

    « La France est terre de mélange mais d’un mélange qui peut s’avérer détonnant. »… Surtout quand certains partis soufflent sur les braises de la division dans l’espoir irresponsable et dérisoire d’un succès électoral ou/et d’une carrière politique pérenne…
    Parfois, souvent, mais en réalité, en permanence, la division vient de l’extérieur, fomentée en sous-main par quelque service étranger.

    Il faut plus de France pour la France et pour l’Europe de l’après UE…, plus de France pour le monde et pour la paix. Et c’est bien dans le sens indiqué par Guillaume Bigot que la France redeviendra elle-même, pour elle-même, mais aussi pour le monde.

    Le premier pas consiste à se libérer le plus tôt possible de l’UE et de l’OTAN en se regroupant provisoirement sur cette base au sein du seul parti constitué qui le propose dans son programme pour 2017…, un vrai parti pour ce vrai combat : l’UPR.

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  2. Propos d’une grande justesse.Le titre qui coiffe ce texte très pertinent semble emprunté à l’Historien Arnold Toynbee qui aurait dit alors qu’on le consultait au moment de la création de l’état d’Israël : « Tout à l’individu juif, rien au peuple juif ! » Peut-être qu’une mention a cet effet n’eût pas été superflue.

    Michel Cormier

    Montréal

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