Francophonie vs travailleurs détachés

Recherche député pour porter « l’amendement Petit Larousse »

Tribune de Vincent YOU, Adjoint au maire d’Angoulême, porte-parole du Collectif Franc-Parler

Construire un hôpital, avec l’argent de la sécurité sociale française, et se trouver à payer des entreprises qui ont choisi de ne pas être assujetties à notre protection sociale …

Signer un marché public en ayant la satisfaction de l’attribuer à une entreprise locale puis constater, au fil du chantier, qu’il n’y a aucun effet sur l’emploi local puisque l’entreprise recrute des roumains et des chypriotes pour baisser ses coûts…

Payer un Coordonnateur Sécurité et Protection de la Santé, voir que toutes les réunions de chantiers sont régulières et précises mais que toutes les règles sont en français, langue qui n’est maîtrisée que par une petite minorité des ouvriers…

J’ai vécu ce triple choc et j’ai décidé de ne plus fermer les yeux.

La solution est simple : exiger que tous les ouvriers soient francophones ou que leur employeur finance le recours à un interprète, ce qui revient à annuler l’effet d’aubaine que constitue son recrutement à bas coût.

Le travail détaché n’est pas un problème simplement lorsqu’il est illégal.

C’est un révélateur de nos démissions collectives et de l’impuissance politique qui frappe ceux qui choisissent de ne pas se poser de questions.

Mettons clairement les questions sur la table :

1/ quel est le sens du travail lorsque des ouvriers ne peuvent plus se comprendre et se parler?

2/ quelle est notre conception de l’économie lorsque l’on cède notre activité non délocalisable à des ouvriers venus d’ailleurs?

3/ quelle est notre conception de l’Europe lorsque l’on se base sur le « moins disant social »?

4/ quelle est cette mondialisation qui n’accepte aucune norme collective autre que la liberté du commerce?

5/ que vaut cette menace de procès pour discrimination lorsque l’être humain est tellement méprisé?

Au final, la peur qui paralyse la plupart des élus, lorsqu’ils prennent conscience du problème, est celle d’être accusé de discrimination.

Mais quelle est donc la conception de la discrimination qui nous est ainsi imposée ? S’agit-il de protéger la dignité du genre humain ? De défendre notre commune humanité ? D’empêcher qu’un être humain soit contraint à faire ce que d’autres êtres humains n’acceptent pas de faire ?

Non. Nous sommes ici dans une nouvelle version de « la Ferme des animaux » : lorsque les règles fondatrices sont détournées de leur sens profond pour être utilisées à contre-sens. Ce n’est plus « tous les animaux sont égaux mais certains plus que d’autres » c’est « il faut défendre le droit du travail, mais ce n’est pas grave si l’on exploite ceux qui nous permettent de casser les prix, de toute façon ils n’y comprennent rien»

Dans une mondialisation où tout le monde ferme les yeux sur les conditions de production au Bangladesh, on passe désormais au stade supérieur de l’aveuglement: nos emplois non délocalisables sont donnés à ceux dont on ne veut rien voir.

Arrive pourtant la loi El Khomri.

A ce stade, rien n’est dit sur les problèmes posés par le détachement légal. On feint de croire que tout se résume à la lutte contre le détachement illégal.

Ce n’est pas faute de voir le problème puisque l’étude d’impact va jusqu’à dire qu’en cas de péril grave et imminent les inspecteurs doivent pouvoir être accompagnés d’un interprète pour pouvoir tout stopper et être compris des ouvriers !

Le projet de loi El Khomri est une vraie occasion d’aller au fond du problème.

Deux Régions, Pays de la Loire et Hauts de France, viennent de choisir de sortir du cadre et de reprendre ma méthode. Deux départements aussi et de nombreuses collectivités.

Mais il faut aller plus loin et sécuriser ceux qui ont peur de leur ombre.

Je propose à tous les parlementaires de s’unir, comme lors du vote dans ce sens au Conseil Régional des Pays de la Loire, pour porter un amendement qui nous fasse tous ouvrir les yeux et retrouver le sens de la décence commune.

C’est l’amendement Molière qui peut être rédigé ainsi :

« A l’article 45 est ajouté le point suivant :

1° L’article L. 1262-4-1 est ainsi modifié :

c- Est inséré l’alinéa suivant :

« Le donneur d’ordre ou le maître d’ouvrage qui contracte avec un prestataire de services qui détache des salariés vérifie que les salariés détachés soient francophones ou que les services d’un interprète employé par le prestataire permettent aux salariés d’avoir une pleine compréhension des règles de sécurité du chantier »

Le débat en séance publique à l’Assemblée Nationale a lieu à compter du 3 mai, peu de temps après la Fête du Travail. Une belle occasion de voir quel sens on donne au travail aujourd’hui.

 

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