Gérald Darmanin, la soumission tranquille

Article publié dans Causeur n°34, avril 2016

A Tourcoing, les salafistes ont pignon sur rue et dans les salles de sport municipales, la séparation entre hommes et femmes est entrée dans les mœurs. Ce qui n’empêche pas Gérald Darmanin, le jeune et ambitieux maire LR, de se présenter comme un farouche défenseur de la laïcité.

« L’islam n’est pas le problème, le problème c’est la connerie, le sectarisme. » Quelques jours seulement après les attentats parisiens du 13 novembre 2015, Gérald Darmanin, élu LR multimandats du Nord-Pas-de-Calais, dévoilait sur RTL les racines du malaise entre la France et ses musulmans : tout ça, c’est la faute aux Dupont-la-joie. Clémentine Autain ou Edwy Plenel n’auraient pas dit mieux… Mais quelle mouche a donc piqué celui qui cite le général de Gaulle à tout bout de champ ? Ce produit de la méritocratie à la française, fils d’une femme de ménage comme il se plaît à le rappeler. Ce jeune homme pressé dont l’ascension politique fulgurante agace jusque dans son propre camp, lui valant le surnom de « Darmalin ». La clé de l’énigme se trouve à Tourcoing. C’est lors des dernières municipales qu’il déloge de leur fief des socialistes médusés. La Marseillaise est aussitôt entonnée par le nouvel élu et ses troupes le soir de la victoire pour célébrer un député-maire de 32 ans seulement, droitier décomplexé qui a fait mordre la poussière à l’appareil socialiste local pourtant réputé invincible.

Loi du marché

Gérald Darmanin a su, bien mieux que ses rivaux, analyser la sociologie électorale de Tourcoing et de ses 92 000 habitants. La ville aux cinq mosquées, très abîmée socialement, compte une large proportion de Français de confession musulmane. Un électorat dont les socialistes ont trop longtemps cru que le vote leur était automatiquement acquis, refusant de voir que les héritiers de « la marche des beurs » avaient, pour beaucoup, troqué les chimères égalitaires de la gauche pour la loi du marché. Le mariage homosexuel achevant de creuser le fossé de l’incompréhension entre le PS et des populations attachées à la famille traditionnelle. C’est ainsi que Gérald Darmanin expliquait à Libération en octobre 2014 que si Nicolas Sarkozy avait perdu les présidentielles, c’était à cause des 90 % des Français musulmans qui avaient voté Hollande. « C’est une anomalie. Conservateurs sur les sujets de société et plutôt libéraux en économie, ils devraient voter majoritairement à droite. » Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte pour un discours de droite prenant garde de ne pas contrarier un électorat qui peut peser lourd à Tourcoing, ville où chaque bulletin compte, alors que le taux d’abstention dépasse régulièrement les 50 %. Bien vu, bien joué, puisque la victoire était au bout du calcul.

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