EDF, Areva : histoire d’un scandale d’État

Grand entretien de Jean-Michel Quatrepoint publié dans le Figaro Vox le 25 avril 2016

Alors que la décision de construction de centrales EPR en Angleterre vient d’être reportée, Jean-Michel Quatrepoint juge qu’il est urgent de relancer la filière nucléaire sur de nouvelles bases.

LE FIGARO. – Les dirigeants d’EDF entendent signer définitivement avec les Anglais la construction de deux centrales EPR en Grande-Bretagne. Cette décision est-elle stratégique?

Jean-Michel QUATREPOINT. – La filière nucléaire française s’est mise dans un corner. Aujourd’hui, il n’y a plus de bonne solution. Elle n’a le choix qu’entre deux mauvaises solutions. Si EDF ne signe pas le contrat d’Hinkley Point, on risque de dire que la filière nucléaire française n’est plus capable de prendre des contrats à l’exportation. En revanche, si elle signe, c’est la vie même de l’entreprise EDF qui est en péril.

Pour quelle raison?

Il faut revenir aux origines de l’EPR. Son principe en a été décidé en 1992 par un accord politique entre Kohl et Mitterrand. Il s’agissait de développer les centrales de nouvelle génération dans le cadre d’une coopération franco-allemande entre Framatome et Siemens au sein d’une filiale dédiée Framatome ANP [maintenant, Areva Nuclear Power]. Or cet EPR est un produit de fausse génération. En réalité, il n’y a pas de véritable saut technologique ; il s’agit de centrales plus puissantes et qui assurent théoriquement une meilleure sécurité, avec des cubages de béton supplémentaires. C’est un produit hybride issu de deux technologies, deux cultures techniques différentes. Areva qui a récupéré Framatome et qui, sous la direction d’Anne Lauvergeon, voulait être le deus ex machina du nucléaire français, s’est alors lancée avec Siemens dans le contrat finlandais d’un premier EPR. Et ce, sans y associer ses partenaires historiques, EDF et Alstom. Or, les équipes d’Areva ont péché par arrogance et suffisance. Estimant avoir l’expérience, elles n’ont pas procédé à ce qu’on appelle le design : elles n’ont pas modélisé tous les aléas que pouvait rencontrer un tel prototype. Elles se sont dit qu’elles règleraient les problèmes «au fil de l’eau». Or, dans des projets de ce type, la modélisation est essentielle. On ne peut pas se contenter de design au rabais. Du coup, à chaque incident on tâtonne, on perd du temps et de l’argent. C’est ce qui s’est passé en Finlande: ce contrat a tué Areva.

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