Brexit : le dernier mirage des fédéralistes

Article publié par Benjamin Masse-Stamberger sur le Figaro Vox le 23 février 2016

En plein débat autour du Brexit, les défenseurs du fédéralisme sont confrontés à un réel qui dément leur idéologie, estime Benjamin Masse-Stamberger, journaliste et auteur du blog Basculements. Les Britanniques feraient-ils figure de bouc émissaire facile pour éviter aux fédéralistes d’affronter leurs contradictions ?

«Vive le Brexit!» C’est la dernière antienne, baroque et inattendue, des fédéralistes, face à la probabilité de plus en plus forte d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. A l’image de Michel Rocard, pourtant parmi les plus lucides sur l’état de déliquescence avancée de cette Europe-là, qui, dans un entretien à l’Opinion, fin décembre, s’affirmait favorable au Brexit, seul moyen de «relancer l’Europe». L’idée est simple: puisque Londres s’est toujours opposée à davantage d’intégration, que ce soit en matière sociale ou budgétaire, autant faire sans elle. Entre gens de bonne compagnie, on pourra enfin atteindre le nirvana de l’Europe intégrée, attendu et espéré depuis si longtemps.

Confrontés à une Histoire qui s’acharne à contredire leurs vues, et dont le cours les affole, les partisans des Etats-Unis d’Europe se raccrochent comme ils peuvent aux dernières planches de salut disponibles à proximité. Car ce nouveau story-telling ne tient évidemment guère la route. Comme le rappellent eux-mêmes les partisans du fédéralisme, les Anglais ne font partie d’aucun des dispositifs d’essence fédérale mis en place au sein de l’Union Européenne: ils ne sont ni dans Schengen, ni dans l’euro, ni dans l’Union Bancaire, etc…. Or ce sont justement ces mécanismes qui ont démontré leur incurie en 2015: l’euro, machine à produire de la divergence économique et de la déflation, va de crise en crise depuis 2010, jusqu’à révéler sa vraie nature à l’été, lors du dernier épisode de la crise grecque. Celle d’un dispositif anti-démocratique, qui a permis d’opposer un refus catégorique à une décision prise souverainement, lors d’un référendum, par le peuple grec. Dont acte.

De la même manière, l’explosion de Schengen n’a évidemment aucun rapport avec la supposée attitude non-coopérative des Britanniques. C’est bien l’Allemagne qui, la première, s’en est affranchie en voulant opposer sa vision de la crise des réfugiés à l’Europe entière. Quitte, cette fois, à se voir désapprouvée non seulement par ses partenaires européens, mais aussi par sa propre population. Et aujourd’hui, c’est la vertueuse Autriche, et non la perfide Albion, qui érige des contrôles à douze points de passage de ses frontières, en plein cœur du dit espace Schengen.

On l’aura compris: si les Britanniques organisent ce référendum, ce n’est pas simplement pas égoïsme, ou pour saboter un fédéralisme qui n’a pas besoin de Londres pour s’enferrer dans ses contradictions. Ce que craignent les Anglais – et on les comprend – c’est justement d’être pris davantage dans les filets de cette Europe-là, véritable machine à créer de l’impuissance politique et des conflits.

Le Brexit, s’il devait advenir, ne serait donc en rien une «opportunité» pour l’Europe. Ce serait au contraire le début de la fin, le signe que, contrairement aux chantages à répétition des fédéralistes, on peut s’extraire de ce véhicule devenu fou, sans subir de déferlement de sauterelles, ou de pluies de météorites. D’ores et déjà, les concessions obtenues par les Britanniques _ notamment les restrictions aux prestations sociales pour des travailleurs pourtant issus de l’Union Européenne _ créent une brèche dans laquelle d’autres pays pourraient s’engouffrer. Elle dessine, pour le moins, le profil d’une Europe «à la carte», bien loin des envolées fédéralistes.

Bien sûr, il ne s’agit pas de se réjouir de cet effondrement du catéchisme fédéraliste. Mais simplement de constater qu’à vouloir faire entrer le réel dans des cases, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, on finit toujours par provoquer des catastrophes. La volonté de faire entrer vingt-huit peuples si différents dans la même centrifugeuse, s’est avérée un échec. Peut-être serait-il possible de reprendre ce chantier à quelques-uns, mais certainement pas avec les dix-neuf – là encore trop nombreux et trop différents – qui constituent la zone euro. Dans ce cas, il faudrait donc dans un premier temps, dissoudre la zone euro, car comment imaginer des dispositifs fédéralistes à plusieurs vitesses? Peut-être verra-t-on ainsi bientôt des partisans du fédéralisme avancer que la fin de l’euro serait une «chance» pour l’Europe? Après avoir insulté, caricaturé et fascisé ses partisans pendant des années, ce ne serait pas le moindre arrangement avec le réel de nos amis europhiles. Mais est-ce vraiment leur préoccupation?

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6 réflexions sur “Brexit : le dernier mirage des fédéralistes

  1. Je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. (Maurice ALLAIS)

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  2. Les Français aiment voir leur futur en regardant en arrière. Croire qu’un pays moyen comme la France, miné de l’intérieur par l’lslam doit imposer ses vues à l’Europe est un mirage. Le retour à Napoléon ou Louis XIV serait un drame pour l’Europe, mais surtout pour la France. Il faut dire que la France aime parler au nom de l’Europe, mais sans avoir consulté ses partenaires et en confondant intérêt général européen, tenant compte de tous ses membres, avec son égoïsme national. Il faudrait cesser d’accuser l’Europe de maux qui ne sont dûs exclusivement qu’à la médiocrité des dirigeants, français et autres. Rappelons seulement que tous les traités ont été signés par ceux (et leurs prédécesseurs) qui les critiquent pour justifier leur incompétence.

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