Terrorisme : comprendre la menace pour mieux la combattre

Tribune publiée par Eric Delbecque, auteur du livre Idéologie sécuritaire et société de surveillance, sur le site du Figaro Vox

La menace terroriste fait la une de tous les médias et pourtant les Français se sentent mal informés sur la question. Eric Delbecque décrypte l’incapacité de notre société médiatique à rendre clairs les grands enjeux contemporains.

Un sondage exclusif du Comité Orwell annonce que 64 % des français considèrent avoir été mal informés sur la menace terroriste avant le 13 novembre. L’information est d’abord révélatrice de l’échec de notre société médiatique à rendre clairs les grands enjeux contemporains. Mais elle constitue aussi un symptôme de l’époque: l’infobésité tue la connaissance!

Noyer ne signifie pas décrypter

Submergés par les données, nous ne sommes plus capables de décrypter. Et les questions de sécurité figurent au premier rang des phénomènes mal traités et mal compris. Dès qu’un acte terroriste ou une agression survient, les chaînes d’information en continu nous abreuvent de tables rondes d’experts, d’interviews, de correspondants, de témoins, de déclarations publiques, etc. Comprend-t-on mieux l’affaire ou le dossier pour autant? Certainement pas. Les images et commentaires tournent en boucle en espérant nous imposer l’idée que le martelage, la répétition vaut compréhension. Nous ne sommes pas informés mais débordés, saturés. La quantité et l’instantanéité veulent passer pour de la qualité et du suivi. De ce point de vue, les drames du 13 novembre furent emblématiques.

Comment fonctionne globalement la société dite de l’information? Il n’existe pas de volonté consciente de travestir la réalité. Il faut se garder de toute mythologie du complot. En revanche, le système médiatique dans lequel nous vivons, dont les journalistes ne sont pas responsables à titre individuel, met l’accent sur la mise en spectacle de nos peurs. Par conséquent, il caricature le réel et accroît nos craintes. Le monde n’est pas plus dangereux qu’avant, il l’est différemment, mais nous le comprenons moins bien. C’est cette incertitude permanente, ce chaos dont les raisons nous échappent, qui font monter le degré d’angoisse collective sans apporter le moindre début de réflexion pour construire des réponses adaptées.

Une urgence: réfléchir!

EricNos services de sécurité font, dans l’ensemble, un travail remarquable en regard de leurs ressources humaines et matérielles. Ce qui manque aujourd’hui, c’est la capacité à comprendre intellectuellement les menaces auxquelles nous faisons face. A cet égard, il est souhaitable que le monde académique, les universitaires, les chercheurs, les psychologues, travaillent en partenariat avec les forces de sécurité pour saisir la nature réelle des phénomènes criminels actuels, à commencer par le jihadisme salafiste.

La question n’est pas d’aller plus loin mais de réfléchir différemment. En aucun cas il ne faut sombrer dans la paranoïa: le pire serait d’aller sans cesse dans la direction du tout sécuritaire. On a vu ce qu’a donné la logique du Patriot Act… En revanche, il est bien clair que le dispositif actuel n’est pas «sécuritaire» au sens que lui donnent ses détracteurs! Pour être clair, ces derniers suggèrent que derrière sécuritaire se cache «totalitaire». Ce n’est pas le cas. Daech aspire à un espace social totalitaire au sens orwellien (cf. le roman 2084 de Boualem Sansal), pas la République française! A cet égard, le surinvestissement idéologique de certains dans la déchéance de la nationalité, pour les partisans comme pour les détracteurs, n’a guère de sens. Les difficultés et les solutions se bâtissent ailleurs, notamment dans l’Education nationale et notre rapport à la nation, à la république et ses valeurs ou fondements, ou encore dans notre politique de défense qui exige un effort budgétaire déterminant, comme l’indique le général Vincent Desportes, ou bien dans notre politique pénale, etc.

Le théâtre idéologique…

Dans ce pays prospère donc un faux débat – c’est-à-dire une farce ou un simulacre – sur l’insécurité, ses causes, ses conséquences et les réponses possibles. Ce théâtre de l’absurde repose sur le travestissement des faits et des perceptions, le terrorisme idéologique, le mensonge, la désinformation, la manipulation malhonnête des mots. On y dénonce une idéologie sécuritaire fantasmatique en masquant celle qui crève les yeux. Et on pointe du doigt une société de surveillance que l’on construit volontairement et dont l’Etat n’est aucunement l’origine. Peu de Français s’y opposent car une majorité y consent, voire la revendique, sans même s’en rendre clairement compte. Bref, on façonne un diable imaginaire à un endroit en dissimulant ou en ignorant le Mal qui se répand ailleurs et dont 2015 nous donna une idée assez précise, de Charlie au Bataclan…

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