L’omerta républicaine

« Guerre civile », le gros mot était lâchée par Manuel Valls dans l’entre deux tours afin de conjurer le risque que faisait planer le Front National. Sans tomber dans l’outrance du Premier Ministre, droite et gauche dites « républicaines » pointent du doigt un FN paraissant à ce point ébranler les fondements de la République que certains se désistèrent au profit de leur adversaire pour lui barrer la route.

Le nationalisme français menace donc la République alors qu’en s’emparant d’un territoire avec l’intention de le détacher de la nation, le nationalisme corse ne mettrait pas en péril le régime hérité de la Révolution. « En votant pour les nationalistes, le peuple corse a dit que la Corse n’était pas un morceau d’un autre pays, mais une nation » a déclaré Jean-Guy Talamoni, le nouveau président de l’Assemblée de l’île de beauté. Celui-ci a prononcé l’intégralité de son discours en patois génois, réitérant « Mon pays, c’est la Corse » et exigeant la libération de ceux qu’il appelle les prisonniers « politiques » dont Yvan Colonna, condamné pour le meurtre de Claude Érignac.

Qu’un tel parti remporte des élections locale sans déclencher d’émoi particulier au sein de la classe politique dite républicaine (à l’exception notable de Jean-Pierre Chevènement qui, une fois de plus, sauve l’honneur) ne laisse pas de surprendre. La réaction bien tardive du Premier Ministre désignant le 23 décembre sur TF1 « des lignes rouges à ne pas franchir » et le silence de la majorité des partis de gouvernement entourant  la victoire électorale des nationalistes corses contrastent avec le ton de gravité et d’effroi au soir d’un premier tour victorieux pour le FN. Dans un communiqué, précédant son intervention télévisée, Matignon faisait même savoir que le Premier ministre entendait maintenir un « dialogue serein, constructif et apaisé » avec les nouveaux maîtres de l’île.

Jean-Guy Talamoni   © AFP / PASCAL POCHARD-CASABIANCA

Au fond, ce qui est juridiquement, moralement et intellectuellement inacceptable, ce n’est pas que le patriotisme démagogue de Marine Le Pen fassent sortir certains de leurs gonds, c’est que le nationalisme criminogène de Jean-Guy Talamoni laissent les mêmes de marbre. La remise en cause de l’unité de la République et la proclamation d’une autre langue que le français constituent des atteintes caractérisées à notre Loi fondamentale. Pourtant gardien de nos institutions, le « Président de la République ne parlera pas de la Corse lors de ses vœux  télévisés aux Français. « Il n’a pas prévu de le faire» précisait l’Élysée au lendemain des élections.

Contrairement à la nébuleuse dirigée par Jean-Marie Le Pen qui avait des attaches bien réelles avec les pourfendeurs de la gueuse et entretenaient un commerce trouble avec divers régionalismes d’extrême droite, le FN actuel, à tort ou à raison, par calcul politique ou sincérité idéologique,  ne cesse d’invoquer les mannes de Valmy et les soldats de l’an II. Il ne propose nullement de changer de régime.

Alors comment expliquer qu’un parti contestable mais légaliste soit taxé par la classe politique presque unanime de menace pour la République alors qu’un parti qui appelle ouvertement à la sécession soit traité avec indifférence par tous voire avec déférence par  certains ?

La réponse à cette question ne se trouve pas à Paris mais à Bruxelles. Les nationalistes corses ne sont pas solubles dans la République mais ils ont toute leur place dans l’Europe que la classe dirigeante actuelle veut à toute force imposer. La Corse indépendante ne sera pas compatible avec la France tant que celle-ci demeurera une République indivisible. En revanche, la nation corse s’insèrera dans l’union européenne voulue par une droite et par une gauche unie dans la conviction que « la France est notre patrie et l’Europe, notre avenir » (Mitterrand) ou encore que « le temps des patries est finie » (Brasillach).

Guillaume Bigot, essayiste, son dernier ouvrage la Trahison des Chefs est paru chez Fayard. Guillaumebigot.com

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Une réflexion sur “L’omerta républicaine

  1. Permettez-moi de ne pas partager votre analyse : prétendre qu’aujourd’hui le danger viendrait du nationalisme corse est au mieux naïf et au pire condamnable. En effet, le nationalisme corse s’est développé en réponse à un jacobinisme têtu qui n’a eu de cesse de nier le particularisme culturel de l’Île de Beauté. On ne peut pas décemment défendre l’exception culturelle française face au rouleau-compresseur anglo-saxon et en même temps réprimer toute diversité culturelle (la France est le dernier pays à ne pas avoir ratifié la Charte des langues régionales et minoritaires). La richesse et la force de la France devraient être sa diversité – et le respect de cette dernière – alors qu’on se recroqueville sur une uniformisation digne d’un autre siècle. Doit-on rappeler que le général de Gaulle lui-même s’est adressé aux Bretons en breton lors d’une visite officielle : l’a-t-on accusé de dangereux séparatiste ? La France ne pourra jamais être bien dans sa peau si elle s’invente des ennemis imaginaires, tout en fermant coupablement les yeux sur les vrais ennemis : le communautarisme musulman, la perte de contrôle de quartiers entiers de l’hexagone. À ma connaissance, les partis autonomistes et indépendantistes corses sont tout aussi légaux que le FN. La langue corse est une langue de France qui a toute sa place dans la République. Croire le contraire ne fera qu’accélérer le processur d’indépendance de la Corse. Il sera alors trop tard pour ouvrir les yeux.

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