Pourquoi l’échec du Front national est un succès

Cet éditorial a été initialement publié sur le site de Bruno Bertez le 14 décembre 2015.

L’échec du Front National est en réalité un succès, un succès pour les gens qui comme moi, n’ont qu’une attitude tactique vis à vis du Front.

Voici les articulations de notre logique :

-Le Front contrairement aux cris d’orfraie du duopole politique UMPS et de sa clique médiatique n’est pas un danger pour les institutions. Elles sont conçues pour permettre de le neutraliser. C’était volontaire en son temps, pour rendre la France gouvernable. Ce qui n’était pas prévu, c’est que le système deviendrait scélérat et pervers avec la constitution d’une social-démocratie qui tromperait le peuple par une fausse alternance de fausse droite et de fausse gauche.

-Le Front n’est pas mûr pour exercer le moindre pouvoir, il est et reste un parti attrape-tout, fourre-tout, dominé par l’incohérence programmatique et des ambiguïtés principielles et fondamentales. Son « succès » repose encore sur le négatif, le rejet, plus que sur l’adhésion. Le Front est encore en grande partie prisonnier de sa fonction tribunitienne.

-Le Front n’a pas de stratégie et pour le moment il refuse de se remettre en question et d ‘en élaborer une. Insuffisance de ses chefs, vice fondamental, nous réservons notre réponse sur cette question majeure.

Que l’on ne s’y trompe pas, notre propos n’est pas dénigrer ou de rabaisser ce qui a été fait , mais de relativiser, de montrer que ce n’est qu’une étape. L’échec était et est nécessaire pour aborder l’étape suivante. De toute façon si il n’ y pas d’étape suivante le Front n’ a pas de raison historique d’exister. Sa raison historique d’exister c’est la nécessité d’infléchir la politique suivie par notre pays à la fois au plan domestique, au plan européen et au plan global.

Nous n’en avons rien à faire que Marine ou sa nièce se promènent sous les ors de la République, avec un chauffeur et du personnel de sécurité. Les communistes qui étaient autrement retors et aguerris se sont fait rouler dans la farine et le peuple avec eux lorsqu’ils sont « montés » aux affaires, ce qui fut leur déchéance. La fonction historique du Front, c’est de représenter les laissés pour compte du progrès, de l’Europe, de la mondialisation, de la morale même, et de créer le conflit, les contradictions, les dépassements qui permettrons l’advenue, l’ émergence d’une situation plus satisfaisante et surtout plus adaptée.

La fonction historique du Front c’est, par la réintégration dans la vie politique des groupes sociaux qui en sont exclu, de forcer à une meilleure adaptation de la France dans l’intérêt des Français présent et à venir, et pas seulement des minorités dominantes d’une part et du reste du monde d’autre part.

Un parti politique est là pour représenter le souverain et servir d’intermédiaire entre le peuple et le Pouvoir. Entre le passé et le présent, entre le présent et l’avenir. Il est une sorte de médiation de l’histoire. Un trait d’union, une courroie. L’ordre naturel des choses, c’est la naissance du parti, son ascension sur une vague porteuse qui le met en accord, en harmonie, en synchronie avec des couches sociales sur des points considérés comme majeurs, puis un travail d’opposition, d’approndissement, de labour, de mise en forme et d’élaboration de plate formes destinées à donner sens et crédibilité à une éventuelle conquête des postes de responsabilité, le tout par constitutions d’alliances avec d’autre groupes sociaux.

La fonction systémique du parti est de servir le peuple et ceci ne peut être obtenu que par une remontée, bottom -up, jamais par le top-down. Son activité dans l’opposition est essentielle car c’est elle qui l’enracine, qui le rode, qui le confronte au double réel de la vie d’une part et de l’activité authentiquement politique d’autre part. Et c’est ce qui donne force et et confiance dans ses solutions.

Cette opposition est concrète, quotidienne, continue. Elle touche tous les aspects de la vie du pays car, nous le disons sans cesse, il n’est de vérité que du « tout », il faut tenir compte de tout, ce qui est, ce qui est voulu, les conséquences inattendues, etc.

L’opposition permet au parti de se confronter, de dialoguer, d’élaborer et de s’intégrer à la vie politique. L’opposition fait sortir de la magie de la parole et entrer dans le domaine de l’effort, du travail , du sérieux et de la sanction. C’est à dire du progrès. La seule fonction de dénonciation de suffit pas, au contraire , elle rejette à l’intérieur du ghetto tribunitien.
Or le Front ne travaille pas, il n’organise pas, il a jusqu’à présent refusé tout cela parce qu’il croit aux hommes et au femmes providentiels plus qu’à l’organisation et à la méthode. Le Front à mon, sens repose sur l’irrationnel, les perceptions , le charisme, mais il en a touché les limites ; malthusianisme ? Parce que les hommes et les femmes providentiels ont peur de la concurrence, peut-être peur d’être dépossédés de leur « boutique ».

Le Front n’a pas de stratégie sauf celle qui consiste à espérer un miracle ; le miracle ce serait de décrocher une région, une grande ville ou n’importe quoi de significatif , ou symbolique. Or le Système est conçu pour que cela soit sinon impossible, du moins très difficile. Même avec un score fantastique sur un premier tour, le Front ne peut en pratique gagner quoi que ce soit de significatif.

Le Front cherche le grand chelem, alors qu’il devrait sinon y renoncer, du moins consacrer plus de temps à ce qui sera porteur à long terme, la capacité à nouer des alliances. Ce qui a été fait au cours des dernières années va dans le bon sens, mais il faut faire plus que se rendre présentable, il faut se rendre désirable . Une partie de son résultat de premier tour est toujours négatif, un vote de rejet, et donc ce vote se réduit au second. Par ailleurs la masse des bien pensants, trompés par le duopole et ses médias, fait barrage par tous moyens et sans scrupule au second tour. Cela ne laisse aucune chance autre que le hasard miraculeux .

Le Front n’a pas de stratégie, sauf de rêver de faire élire un des ses notables, et cette stratégie est une impasse. L’impasse précisons-le n’est pas seulement politique, elle est systémique et sociologique, le système et la « modernité » produisent de la social-démocratie et la social- démocratie est « soft », « cool » elle bannit les partis « hard ».

Donc le Front n’a pas de stratégie sauf celle qui le conduit à l’impasse ,  c’est à dire à piétiner devant la porte du pouvoir effectif. Il est évident et de simple bon sens que cela ne conduit nulle part sauf même au contraire à des tendances à la régression en période d’accalmie dans les difficultés du pays, puisqu’il est facile aux socio- démocrates de dire : vous voyez, voter pour le Front ne sert à rien , c’est une vote perdu, inutile. Et l’argument est bon car cela est vrai, la stratégie du Front ou son absence de stratégie en fait un vote partiellement inutile.

Le Front met la charrue avant les bœufs, il se donne pour objectif ce qui doit et ne peut être qu’une résultante . De la même façon que l’emploi ne se décrète pas, que l’emploi est une résultante d’un ensemble d’actions de long terme, la conquête du pouvoir ou de responsabilités ne peut résulter que d’un processus, d’un travail. Et c’est ce travail qui n’est pas fait au Front. On croit au miracle selon lequel une élection donnerait tout. Hélas, le bon sens et les exemples historiques et géographiques montrent que le miracles électoraux ne conduisent qu’à l’impasse d’abord et aux précipices ensuite. On se souvient de ce qu’il est advenu du grand succès Poujadiste en France !

Une formation politique, doit travailler, labourer en profondeur, s’insérer, s’incruster si elle veut jouer son rôle pleinement. Si elle veut jouer à autre chose que le petit jeu de chaises musicales ou le « ôte toi de là que je m’y mette ».

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Une réflexion sur “Pourquoi l’échec du Front national est un succès

  1. « Une formation politique, doit travailler, labourer en profondeur, s’insérer, s’incruster si elle veut jouer son rôle pleinement. Si elle veut jouer à autre chose que le petit jeu de chaises musicales ou le « ôte toi de là que je m’y mette ». » Oui, malheureusement force est de constater, actuellement, que les formations politiques ne travaillent pas!
    Ce sont eux le problème – ils déplorent leur propre échec- mais ils s’enivrent tous les jours un peu plus pour ne pas voir cet échec, remettent aux calanques grecques ce qui doit se faire aujourd’hui.
    Parce qu’ils n’ont pas d’idées et qu’ils sont paresseux.

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