La sagesse de Noé contre les technocrates de la COP21

Cette tribune a été publiée dans le FIGAROVOX le 30 novembre 2015.

Contre les solutions technocratiques et supranationales et l’imposture de la croissance verte, Paul Piccarreta et Eugénie Bastié prônent une écologie intégrale qui mette au cœur la reconnaissance de la finitude de l’homme.

Tapez «COP21» sur Google. Les sites d’EDF et de Renault arrivent en premier. «Votre entreprise s’engage pour le climat». On parle de degrés et de milliards, de fonds verts et de transition technologique. On évoque le tri des déchets et les technologies vertes, les mécanismes juridiques et financiers de contrôle. On voit Fabius jouer les «monsieur Météo» en une du Parisien magazine. Qu’est-ce que tout cela a bien à voir avec l’écologie?

La chose était pourtant claire pendant des décennies. Dès 1866, la communauté scientifique s’est appuyé sur la définition du biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel pour nommer l’écologie le plus rigoureusement : «Nous entendons par ‘écologie’ la science globale des relations des organismes avec leur monde extérieur environnant dans lequel nous incluons, au sens large, toutes les conditions d’existence.» La science des relations. Il aura fallu l’expansion des «relations internationales», du libre-échange et du co-business (le troc 3.0 entre pros) pour ne plus comprendre le mot relation que sous son potentiel mercantile. Alors que l’approche techno scientifique du monde dissèque celui-ci en autant de segments, spécialités et fragments, l’approche écologique se veut une aspiration à l’unité féconde. Alors que la modernité découpe les problèmes et divise l’homme en désirs auxquels répondent autant de moyens, l’écologie se veut une reconquête de la fin, et une acceptation de la finitude. Chose prévisible, depuis une trentaine d’année, rien de profondément écologique n’a été entrepris en ce sens par les détenteurs de l’écologie officielle.

De ce fait, le scénario de la COP21 était couru d’avance. En entrée, présentation de la catastrophe : la destruction des écosystèmes qui s’accélère, le dérèglement climatique qui s’emballe, la planète qui brûle et le gaspillage des richesses naturelles qui s’intensifie. Tout était écrit depuis 1992 et le sommet pour la Terre à Rio. On répète juste, on rabâche, on se «mobilise», et l’on colle beaucoup d’autocollants. Nous sommes cyniques ? La réalité l’est davantage. Depuis les premières réunions mondiales sur le climat, les sommets ont exclusivement été coordonnés par les leaders de la pétrochimie, de la déforestation, de l’aménagement urbain. Le premier prix de l’écotartufferie revenant à un certain Stephan Schmidheiny, condamné à 16 ans de prison pour avoir fermé les yeux sur la mort de 3000 ouvriers dévastés par l’amiante. C’est lui-même, patron d’Eternit, qui a prononcé le discours d’ouverture à Rio, en 1992. Cyniques, nous ? Rien de moins sûr.

Le déroulement actuel des choses nous contraints à parler d’une évidence : le capitalisme cherche, par l’imposture de la «croissance verte», à trouver de nouveaux marchés, à les fabriquer de toute pièce en détruisant la vie sous toutes ses formes. Le consommateur, lui, acquiesce, certain que la saturation du monde par les nouvelles technologies est le signe que «ça avance». Des exemples? L’air pur, autrefois la chose la plus gratuite qui soit, devient peu à peu une denrée rare, donc échangeable et commercialisable. C’est le principe même du marché des droits à polluer, en place depuis le protocole de Kyoto, qui autorise les pays à échanger entre eux des crédits carbone. Le «bio», qui était autrefois le lot de tous les légumes, est devenue une exception qu’il faut payer plus cher. Pour croquer de la salade non contaminée par les pesticides, il faut avoir un jardin, ou vivre dans un quartier gentrifié. Comme le mensonge s’écroule et la catastrophe se dévoile ; les technocrates ont trouvé l’astuce imparable. Il faut rendre le développement «durable» tout en réduisant l’empreinte écologique de l’humanité. On a compris l’idée : que le bruit des machines étouffent les cris des nouveaux nés.

Pour une écologie intégrale : moins de biens, plus de liens

Pourtant, une autre écologie est possible. Une écologie qui tacherait de remonter à la racine du mal, plutôt que d’en traiter technocratiquement les conséquences. «Tout est lié», martèle François dans son encyclique Laudato Si. «La différence sexuelle», «l’avortement», «les signalisations urbaines», la «diversité culturelle», la «défense des petits producteurs». Les abeilles et les embryons. Les pingouins et les paysages. Le climat et la famille. «La crise écologique est une manifestation extérieure de la crise éthique, spirituelle, culturelle de la modernité» écrit encore le pape. Une écologie qui ferait la critique des mythes de la modernité : «individualisme, progrès indéfini, concurrence, consumérisme, marché sans règles». C’est, pour le dire sans détours, ce que nous appelons depuis deux ans «écologie intégrale».

L’expression n’est finalement qu’un pléonasme. Toute écologie véritable prend soin de la création toute entière, et la dérive libertaire de l’écologie, qui conduit certains Verts officiels à défendre pêle-mêle la GPA, l’avortement et la bande de Gaza, relève de l’imposture. Parce qu’elle est «oikos» (foyer) l’écologie permet d’envisager un déplacement de la polis (la cité) vers notre première communauté, la famille, prémunie de son éclatement artificiel.

Contre la loi de Gabor, «tout ce qui sera possible, sera fait, toujours», qui acte l’infinie marche en avant d’un progrès inarrêtable, l’écologie intégrale se veut un retour à une humanité charnelle : «Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains», disait Orwell.

Amis athées, ne vous effrayez pas que des catholiques l’aient employé en premier, l’écologie intégrale ressemble aussi à la «pensée de midi» développée par Camus, celle d’une «juste mesure» contre la folie de l’idéalisme, qui prétendrait régir le réel sous sa coupe.

«Dans la misère commune, la vieille exigence renait alors, la nature à nouveau se dresse contre l’histoire», écrivait encore l’auteur de l’Homme révolté.

La vieille exigence contre l’histoire, Noé contre Prométhée déchainé, tel est le sens profond d’une écologie digne de ce nom.

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