Comité Orwell : ne pas refaire les mêmes erreurs qu’après Charlie

Tribune publiée par le Comité Orwell dans Le Figaro Vox le 22 novembre 2015

Elle est cosignée par les membres fondateurs du Comité Orwell: Benjamin Masse-Stamberger, Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Alexandre Devecchio, Franck Dedieu, Emmanuel Lévy avec la participation de Guillaume Bigot.

Après l’émotion légitime suscitée par l’attentat du vendredi 13 novembre, le Comité Orwell appelle à ne pas retomber dans les polémiques stériles qui ont suivi le 11 janvier et à poser toutes les questions qui fâchent.

Le tricolore comme linceul et hommage, partout, sur la toile comme dans nos rues. Des mots de tristesse, de colère, de vie aussi et de fierté partagés sur les réseaux sociaux. L’unité de la patrie, meurtrie par les attentats. Nous sommes encore dans le moment, ô combien légitime, de la stupeur, du deuil et de l’émotion. Une séquence indispensable, vitale même qui doit être respectée. Notre pays est touché au cœur, et doit se recueillir pour se rassembler.

Mais ce temps de l’émotion ne doit pas durer. La France doit se reprendre. Il y a urgence à assurer la sécurité de nos concitoyens et à cet égard, nous pouvons faire confiance aux autorités professionnelles de l’État. Il y a aussi la nécessité, désormais impérieuse, de dénouer le faisceau de causes et d’effets qui nous ont conduit à voir le sang des innocents couler sur les trottoirs de Paris. Et là, sans vouloir remettre en cause l’unité nationale à laquelle nous appelons depuis tant d’années, nous ne pouvons accorder qu’une confiance très limitée aux autorités politiques et au microcosme encore pétries des préjugés qui nous ont conduit à «ça» .

Est-il si étonnant de constater que certains de nos enfants finissent par haïr un pays, qui est le leur, mais dont on leur a expliqué au cours des dernières décennies, à eux comme à tous leurs concitoyens, que son visage authentique était celui des corbeaux sous Vichy ou des tortionnaires de la guerre d’Algérie?

Est-si si étrange qu’une fraction de notre jeunesse ne souhaite plus partager le destin d’une France que nos dirigeants croient nanifié par la mondialisation?

« N’y a-t-il aucun lien entre la force de pénétration de l’idéologie djihadiste et le recul du patriotisme organisé par ceux qui croient l’échelon national démonétisé au profit d’une fédération continentale ? »

Est-on certain qu’il n’y a aucun lien entre la réduction des dépenses de l’État (les ministères régaliens pesaient 6 % du PIB en 1970 contre moins de 3 % aujourd’hui) et la situation actuelle dans laquelle le pays constate effaré qu’il n’a plus les moyens d’assurer sa sécurité? N’y -a-t-il vraiment pas de rapport entre la catastrophe du 13 novembre et cette étrange défaite qui a poussé les autorités de l’État, de droite comme de gauche, depuis trente ans, à passer de petits arrangements avec les adultes malfaisants (imams salafistes ou trafquants) qui tiennent certains «territoires perdus» de la République? N’y a-t-il aucun lien entre la force de pénétration de l’idéologie djihadiste et le recul du patriotisme organisé par ceux qui croient l’échelon national démonétisé au profit d’une fédération continentale? Enfin, est-on bien certain que la politique d’alignement moral et monétaire de la France sur l’Allemagne consacrée par la naissance de l’Euro n’a pas de lien avec le chômage de masse qui ronge nos banlieues et désocialise une partie importante de notre population? Les mêmes découvrent aujourd’hui que le périphérique tiendra autant que la ligne Maginot et qu’à vouloir acheter la paix civile au risque de la délinquance, ils allaient récolter et la délinquance et la guerre civile. Toutes ces questions essentielles voire existentielles, nous pouvons faire confiance à nos autorités pour les étouffer.

Souvenons-nous de janvier. Déjà, il y avait eu le temps, tout aussi légitime, de l’émotion. Mais le temps de la réflexion, lui, nous l’attendons encore. Il était pourtant attendu par nos concitoyens, qui ont plébiscité ouvrages et interventions des intellectuels et philosophes, seuls à même de donner du sens au maelstrom dans lequel nous nous débattons.

Qu’est-il arrivé à cet élan civique et patriotique venu des entrailles du pays, à ce désir de comprendre au-delà des dogmes et des slogans qui s’était manifesté avec tant de dignité lors de la manifestation de soutien aux victimes des attentats de Charlie? Il a été balayé par le conformisme intellectuel et la pensée préfabriquée de tous ceux qui ne redoutent rien tant que soit mise au jour leur responsabilité dans les affres que nous traversons. Car comprendre, c’est démêler l’écheveau de causes et de conséquences qui a acculé la République dans une sanglante impasse.

« Or que voulaient les intellectuels et les journalistes qui composent par exemple le Comité Orwell et qui furent pointés du doigt ? Simplement ouvrir le débat. Peine perdue. Au lieu de cela, on eut droit à des semaines d’hystérie autour d’une déclaration de Nadine Morano, qui ne méritait ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. »

La cise des migrants, à cet égard, constitue un bon exemple. Il aura fallu photographié le cadavre d’un enfant sur une plage Turque, le 2 septembre dernier, pour que l’on prenne la mesure de l’ampleur et de la gravité des phénomènes migratoires. Mais, ensuite, que s’est-il passé? Au lieu que d’ouvrir un débat, l’émotion suscitée par cette image a au contraire servi à le refermer préventivement. Tous ceux qui s’interrogeaient sur la nécessité de canaliser les flux migratoires étaient des cœurs secs, dilapidant notre héritage de terre d’asile. Le devoir qu’à un Etat, à fortiori dans une période de périls, de contrôler ses frontières était devenu un anachronisme. Un tabou dicté par ce totem qu’est la vision d’une Europe sans frontière. Pourtant, plusieurs kamikazes avaient enprunté la route des migrants en passant par la Grèce. Pourquoi doit-on en arriver là pour avoir simplement le droit de formuler des questions?

Là encore, le débat que les Français attendaient a été caricaturé par la classe dirigeante actuelle en une dégradante guerre de cour de récréation entre les détenteurs du juste et du vrai, ouverts, tolérants et généreux et d’abominables néo-réactionnaires, coupables d’oser poser les questions qui fâchent. Or que voulaient les intellectuels et les journalistes qui composent par exemple le Comité Orwell et qui furent pointés du doigt? Simplement ouvrir le débat. Peine perdue. Au lieu de cela, on eut droit à des semaines d’hystérie autour d’une déclaration de Nadine Morano, qui ne méritait ni cet excès d’honneur, ni cette indignité.

Ces polémiques stériles ne sont plus de saison. Il faut désormais non réclamer, mais exiger, la fin de cette culture du clash et du buzz et de l’anathème qui n’a d’autre fin que de maintenir nos concitoyens dans un d’Etat d’infantilisation qui les empêche de s’approprier des enjeux qui les concernent au plus haut point. Avant qu’il ne soit cette fois vraiment trop tard.

 

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