Pourquoi il faut rétablir le service national obligatoire

Tribune publiée par Guillaume Bigot dans le Figaro Vox le 18 novembre 2015

Guillaume Bigot estime que le service militaire étant suspendu, un simple décret peut le rétablir. Il le souhaite, au nom de l’égalité et de la fraternité.

«C’est la mer» s’était exclamé de Gaulle en découvrant la foule le jour de la libération. C’est une houle d’une même ampleur qui s’est levée le 11 janvier dernier. Le pire serait que cette océan de bonne volonté se retire et que tout recommence comme avant. Voilà, ce que j’écrivais il y a un an. Naïvement.

Il y a dix ans, avec Stéphane Berthomet, en charge des dossiers djihadistes à la DST, nous tirions la sonnette d’alarme dans Le jour où la France tremblera. En vain.

Il y a quinze ans, Le Zombie et le Fanatique s’inquiétait d’une future agression anglo-saxonne de l’Irak qui transformerait les «libérateurs» en occupants et démonétiserait la légitimité des dictateurs socialistes arabes et fournirait un formidable carburant pour le djihad. Peine perdue.

En 2000, Les 7 scénarios de l’Apocalypse imaginaient Al-Qaïda frappant New York et donnaient le signal d’un djihad global. Indifférence polie. Tout était écrit, rien n’a été pris au sérieux.

Sans doute car cette réflexion révélait le tabou des tabous, s’attaquait à la pornographie de notre époque, le goût éternel des jeunes hommes pour la violence, le besoin que ce mammifère politique qu’est l’être humain a d’appartenir à un groupe et de disposer de valeurs dépassant sa propre existence (qui sont autant de raisons valables de donner sa vie ou de la prendre à ses ennemis). Ces réalités qui contredisent tous les postulats de notre post-modernité irénique mais qu’il est impossible de gommer tant elles relèvent de l’instinct ne cessent de nous éclater au visage et nous ne cessons de les ignorer. Pourtant, tant que nous ne les aurons pas acceptées et intégrées dans notre logiciel, ces réalités continueront à faire salement irruption dans notre quotidien. Une fois admises au contraire, les mobiles de nos agresseurs s’éclairent et les moyens de la reconquête nous apparaissent infiniment plus clairs.

Exemples.

« Commençons par rappeler une vérité rassurante : 20 % des militaires et des policiers français sont de confession musulmane. »

Commençons par rappeler une vérité rassurante: 20 % des militaires et des policiers français sont de confession musulmane. Seule une infime minorité s’est tournée vers le djihad. Pourquoi? Parce que des hommes en uniforme et en armes possèdent nécessairement un esprit de corps, se considérant comme des égaux (l’égalité) et comme des frères d’arme (la fraternité). Sous les drapeaux, ils appartiennent tous à une communauté, fière et pleine de traditions.

« Regardons cette autre réalité en face : 20 % de ceux qui font le voyage pour grossir les rangs de Daech sont des convertis. »

À présent, regardons cette autre réalité en face. Et celle-ci est terrifiante: 20 % de ceux qui font le voyage pour grossir les rangs de Daech sont des convertis. Preuve irréfutable que l’aboulie post-moderne, doublée d’une fascination pour la violence, peut déboucher sur un vide que seul le fanatisme le plus pur comble pour l’instant Une dialectique mortifère entre un zombie qui doute et a peur de tout (nous, les agressés) et un fanatique qui ne doute et n’a peur de rien (eux, les agresseurs) s’est bel et bien enclenchée. Ce n’est pas un choc de civilisation, c’est un clash entre vide et trop plein, entre néantisme et totalitarisme.

Une cause à servir, fondées des certitudes inébranlables, dans un cadre strict, qui transcende le matérialisme et l’individualisme, en exaltant l’héroïsme, voilà ce qui séduit dans le poison islamiste. L’antidote, si elle veut fonctionner, ne saurait l’ignorer.

Le service militaire a été suspendu en 2002. Un simple décret suffirait à le rétablir. La jeunesse se retrouverait, sans distinction de race, ni de religion, sous un même drapeau. Jeunes banlieusards et enfants des beaux quartiers porteraient le même uniforme et seraient placés dans un même cadre.

Dans identité, il y a identique. Dans notre devise, il y a aussi égalité et fraternité.

Il faudrait aussi appeler les femmes sous les drapeaux. Certaines jeunes filles des cités pourront ou devront retirer leur voile, au moins pendant quelques mois. Auront-elles autant besoin de marquer leur différence lorsqu’elle auront découvert leur identité?

Pour l’adapter aux exigences de l’heure, il faudrait que ce service exclue tout passe-droits. Il pourrait être plus court. La fascination exercée par les armes et la discipline qui est celle de l’armée sont telles que quelques mois de «classe» suffiraient à transformer nos jeunes en soldats.

« Cette décision audacieuse mais réaliste réduirait le risque djihadiste, casserait la dynamique communautariste et ressouderait la jeunesse. »

Ce rétablissement du service militaire peut s’opérer en un an (les sous officiers et les officiers qui encadreront et formeront leurs collègues appelés sont à recruter). Cette décision audacieuse mais réaliste réduirait le risque djihadiste, casserait la dynamique communautariste et ressouderait la jeunesse.

Nombre d’études en attestent, là où le service militaire a été maintenue, les djihadistes sont proportionnellement moins nombreux (ils l’étaient moins en France avant son abolition et plus nombreux en Belgique, ils le sont plus désormais en France qu’en Allemagne). Un autre phénomène est également très documenté: depuis la suspension du service militaire en France, les violences physiques contre les personnes ont augmenté de manière exponentielle. Soixante ans après la seconde guerre mondiale, le recours à la violence politique paraît incongru, anachronique, révoltant. Il est humain. Face au déchaînement de la barbarie djihadiste, nos concitoyens se sentent désemparés. L’instinct de mort est pourtant l’un des instincts les plus puissants de l’homme. L’être humain est violent comme il est sexué. Nier ces instincts, les comprimer comme un ressort, c’est se préparer à les voir exploser. Cette pulsion brutale est aujourd’hui refoulée sous nos latitudes. Aucune éducation à la violence, aucun moyen de civiliser cet instinct n’est proposé aux adolescents. Le déferlement d’hémoglobine virtuel de uns comme le passage à l’acte des autres trouvent ici leurs origines. Par ailleurs, les adultes ne sont plus préparés à affronter la violence. On tient pour une évidence que cette tâche doit être dévolue aux seuls professionnels, militaires ou policiers. Les forces de l’ordre, les vigiles sont désormais chargés de tenir en respect les énergumènes agressifs. Attention cependant, dans un univers de brebis, il suffit d’une poignée de loups pour effrayer le troupeau.

« Le rétablissement du service national, militaire ou policier, est donc aussi fondé sur le plan de la sécurité. Car nous n’en avons pas fini avec les troubles intérieurs et extérieurs. »

Le rétablissement du service national, militaire ou policier, est donc aussi fondé sur le plan de la sécurité. Car nous n’en avons pas fini avec les troubles intérieurs et extérieurs. Nous entrons dans un cycle de violences sur le territoire français qui va durer des années, des décennies sans doute. Il est trop prévisible qu’un jour des imbéciles s’en prennent à des mosquées. Daesch n’est pas très loin des lieux saints et l’Arabie Saoudite est un fruit mûr. Disposer de troupes en nombre ne sera pas inutile pour prévenir et, si besoin, contenir des troubles.

En initiant la jeunesse au maniement des armes, on fera baisser le niveau de violence dans notre société. On répondra que nous avons le service civique et qu’il suffit de le généraliser. Contre-sens. L’enjeu consiste bien à transformer des pulsions agressives en force, canalisée et autocontrôlée. Freud l’a magistralement démontré pour la sexualité: il ne faut pas nier les pulsions mais les sublimer. Le besoin de servir un idéal, d’appartenir à un territoire et à une communauté fière, comme l’instinct de violence que les Grecs appelaient celui de Thanatos, doivent être domestiqués, bref, transformer en patriotisme.

La jeunesse a besoin d’un rite initiatique. C’est une constante anthropologique. Que voulons-nous à la fin? Ne plus être des hommes? On rêve d’une paix civile qui ne sera défendue que par des professionnels entraînés. On rêve. On se réveillera en plein cauchemar si nos ennemis continuent à faire des recrues. Les états majors se récrieront: Nous n’avons plus les moyens! Et bien qu’on les leur redonne. La paix civile vaut bien une dette. Craignant la guerre civile, nos dirigeants ont jusqu’ici préféré le déshonneur de la capitulation.

Aux armes citoyens!

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